Ne ferme pas la porte de ton cœur au Christ !

Homélie prêchée dans plusieurs églises de Corse en Casinca (Monte, Loreto, Penta, Vescovato et Castellare) pour la fête de Noël 2017


Frères et sœurs, nous voici arrivés à la nuit de Noël. Un nouveau Noël que nous allons célébrer ensemble.

Peut-être pourrions-nous avoir la tentation de penser ou de dire que Noël, c’est toujours la même chose. Ce sont toujours les mêmes textes, à la même date. Ce ne serait qu’une répétition des autres années. Peut-être…

Cependant, il faut bien que nous reconnaissions qu’il y a un changement. Ce n’est pas quelque chose qui change, même si nous voyons bien que les circonstances dans lesquelles nous vivons évoluent, mais ce qui change, c’est quelqu’un. Moi, vous, chacun de nous. Si Noël est toujours la même fête, je ne suis plus tout à fait le même, au fil des Noël… ne serait-ce que parce que j’ai un an de plus !

Une année avec ses joies et ses peines. Une année sous le regard de Dieu où chacun de nous est sans doute devenu un peu plus sage. Sur notre chemin de la terre jusqu’au ciel, ce ne sont pas les années que nous accumulons, mais la sagesse. Enfin, j’espère.

Une chose doit changer également : l’homélie de cette messe de Noël. On ne va tout de même pas sortir de vieux restes et faire du réchauffé ! Je me suis promis, au cours de ces longues années –est-ce le 6ème, le 7ème Noël ?– de vous emmener en voyage, vers des terres plus ou moins lointaines, le Zimbabwe, l’Irak, l’Équateur, l’Argentine… et même la Corse l’an dernier !

Un voyage pour nous dépayser, pour donner une dimension catholique –puisque catholique au sens premier signifie universel– à notre Noël. Voir Noël autrement, le voir sous un éclairage différent qui peut-être permettra de le mieux vivre.

Alors sacrifions au rituel du voyage ! Cette année, je vous emmène en Amérique latine. J’y étais encore il y a tout juste une semaine.


Première étape : le Mexique et ses posadas.

La posada est une belle tradition mexicaine. Toute la paroisse se rassemble, un ou plusieurs soirs. Un homme et une femme, déguisés en Joseph et en Marie, sont accompagnés de deux anges. Et tout le monde a une bougie en main. Et on commence un petit trajet, de maison en maison, de porte en porte, avec plusieurs arrêts. À chaque fois, c’est le même déroulement : l’assemblée prie brièvement, puis Joseph et Marie frappent à la porte tandis que les fidèles demandent l’hospitalité pour le jeune couple fatigué. Un petit groupe à l’intérieur répond en chantant qu’il n’y a pas de place pour eux. Et notre couple repart, alors que les paroissiens chantent que Marie est inconsolable. Il faudra attendre la dernière étape pour qu’enfin on accepte de les loger dans une étable.

La posada n’est pas que mexicaine. Ce couple, gardien de l’Enfant-Dieu, frappe à la porte, certes. Il frappe surtout à la porte de ton cœur. C’est tellement facile et beau d’accueillir Jésus en cette nuit de Noël. Mais ton voisin, ton frère peut-être qui frappe à la porte de ton cœur ou que tu laisses simplement dehors parce que tu ne veux pas le voir, tu ne peux pas le sentir. S’il n’entre pas, c’est Jésus qui n’entre pas. Ne ferme pas la porte de ton cœur au Christ !


Deuxième étape : les crèches… et là, pas question de choisir un pays, parce qu’elles sont partout en Amérique latine ! Dans les aéroports, dans les centres commerciaux, dans les bâtiments publics -quelle chance !-, sur les places... Partout !

Nos politicards briseurs de rêves –parce que c’est bien de cela dont il s’agit– veulent chasser le Christ de nos sociétés. Si nous les laissons faire, nous sommes mal partis. Chassez le bon Dieu, c’est le diable qui viendra. Ne nous leurrons pas : venir à la messe à Noël, c’est très bien et je vous félicite. Mais si c’est là le seul moment dans toute une année où je me dis chrétien, c’est un peu court peut-être. Une heure de sacrifice sur les 8.760 que compte une année. Comparez cette heure de sacrifice au temps que vous passez au téléphone ou sur un écran... C’est vraiment plus que court. Après, il ne faudra pas venir pleurer si on n’a plus de catéchistes, si on n’a plus de prêtre pour célébrer des obsèques, si..., si… Ce sera trop tard.

Notre identité chrétienne, frères et sœurs, elle se défend… en étant chrétien. Cela passe par des signes extérieurs –les crèches en sont un parmi tant d’autres– mais cela passe surtout par un choix personnel. Vous ne pourrez plus dire que l’on ne vous a pas avertis. Être chrétien, c’est le laisser entrer au cœur de notre vie. Ne ferme pas la porte de ton cœur au Christ !


Troisième étape : les chants de Noël… au Venezuela.

Le monde latino-américain hispanophone a hérité des dizaines de chants de Noël de l’Espagne… et en a créé à son tour. Figurez-vous qu’il y a deux semaines, j’étais au Venezuela et me suis retrouvé au milieu de la répétition de chants des enfants de la paroisse. Leur professeur les accompagnait d’une petite guitare –on aurait dit un jouet !– un cuarto qui, comme son nom l’indique, a 4 cordes.

Et ils chantaient : « Si la Vierge était des Andes et saint Joseph de la plaine côtière, le petit Jésus serait Vénézuélien ! » Allez, j’avoue que j’ai pensé à notre messe de Noël, ce soir. J’ai pensé à vous en entendant ce chant. On pourrait presque l’adapter et cela donnerait : « Si la Vierge était de la montagne et saint Joseph de la plaine, le petit Jésus serait Muntisgiano / Ordacio / Pentunacio / Biscuacese / Castelarese ! »


Un Petit Jésus Muntisgiano / Ordacio / Pentunacio / Biscuacese / Castelarese !
Et pourquoi pas ?

Il ne tient qu’à nous, qu’à toi, personnellement, de lui faire un peu de place dans ta vie.
Ne ferme pas la porte de ton cœur au Christ !
Laisse-le faire. Et tu verras des merveilles.

Amen.

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