mardi 6 septembre 2011
J’avais vingt-cinq ans lorsque je découvris le Seigneur lors d’une retraite à Châteauneuf-de-Galaure. Il va sans dire que dans un lieu pareil on m’entraîna tout naturellement à dire mon chapelet. Par la suite, j’ai toujours trouvé cette forme de prière extraordinaire, à deux ou en groupe, ou aussi en me promenant ! Mais personnellement, toute seule, je dois avouer que j’avais du mal à la dire de façon soutenue, sauf peut-être après m’être couchée, ce qui immanquablement, comme la plupart d’entre nous, me conduisait à m’endormir… dans les bras de la Sainte Vierge.
Il y a une dizaine d’années, étant partie pour deux jours de « désert » chez les petites sœurs de Bethléem à la Chartreuse de La Verne, il m’arriva quelque chose de curieux. La Verne est située dans un endroit sauvage au cœur du massif des Maures. Lorsque l’on se promène on ne tarde pas à découvrir non seulement la mer mais aussi les cimes enneigées des Alpes- Maritimes ; c’est un spectacle grandiose.
J’avais emporté mon chapelet et tout naturellement, comme à chaque fois que je me promène, je commençais à l’égrener : premier mystère, l’Annonciation. Mais aussitôt une distraction me vient à l’esprit : premier mystère ? Mais n’y a-t-il pas eu avant un autre mystère tout aussi important : l’Immaculée Conception de la Vierge Marie ? Va pour méditer le mystère de l’Immaculée Conception.
Après cette première dizaine me vient une seconde distraction : entre l’Immaculée Conception et l’Annonciation il y a bien des événements tout aussi joyeux qui pourraient nourrir notre méditation : la naissance de la Vierge, sa présentation au Temple, le mariage de Joseph et Marie… Bref me voilà partie pour recommencer mon rosaire en commençant par le mystère de l’Immaculée Conception.
Enfin j’arrive au mystère de l’Annonciation suivi de près par le départ de Marie pour Aïn-Karem : la Visitation. Là, ma méditation s’attarde sur le séjour de Marie chez Élisabeth, la naissance de Jean-Baptiste, le mutisme de Zacharie et le choix inspiré du nom de Jean pour l’enfant : « Johanan », c’est-à-dire « Dieu fait grâce ».
Avant de passer au mystère de la nativité plusieurs autres mystères s’offrent à ma contemplation : le retour de Marie à Nazareth, le drame et le songe de Joseph, la grossesse de Marie, la marche sur Bethléem. J’approche du mystère de la nativité mais bien sûr auparavant il me faut passer par le mystère de l’errance de Marie et Joseph dans Bethléem alors que personne ne voulut les accueillir.
Enfin mon chapelet me conduit à l’étable avec la Sainte Famille et les bergers. Je réalise alors que, à peine arrivée au mystère de la Nativité, j’ai déjà « enfilé » quinze dizaines (le temps d’un rosaire de l’époque) et que cela fait donc environ une heure et demie que je suis partie !
Demi-tour donc, toujours le chapelet en main, et je continue : adoration des mages, circoncision, présentation de Jésus au Temple, fuite en Égypte, enfance de Jésus en Égypte, retour à Nazareth (plein de la joie des retrouvailles avec les grands-parents et les cousins), vie quotidienne à Nazareth, et enfin recouvrement de Jésus au Temple. Ouf, j’y suis arrivée ! Passons aux mystères douloureux.
Ah non, car avant les mystères douloureux, il y a l’adolescence de Jésus, son apprentissage de charpentier aux côtés de Joseph, la mort de Joseph, (qui doit se situer approximativement vers ces années-là), puis les noces de Cana, l’entrée de Jésus dans la vie publique, etc. Rappelons qu’à l’époque, Jean-Paul II n’avait pas encore ajouté les mystères lumineux et, lorsqu’il le fit, ce fut une joie immense pour moi.
J’arrive au porche de la Chartreuse de La Verne et je m’aperçois qu’au terme d’une marche de trois heures, après avoir médité plus d’une trentaine de mystères de la vie de Jésus et de Marie, je ne suis toujours pas arrivée aux mystères douloureux ! Perplexe mais heureuse, je retourne à ma cellule en me promettant de poursuivre un peu plus tard cette méditation du Rosaire… un peu spéciale ! C’était la première fois de ma vie que je faisais l’expérience d’une méditation aussi riche.
Rejoignant la foule des peintres qui avec plus ou moins de talent ont tenté de reproduire ces mystères, je voyais, avec les yeux du cœur, ces événements se dérouler sous mes yeux de façon très imagée avec une foule de détails très réalistes et incarnés. Dans les jours qui suivirent je poursuivis mon rosaire de cette façon, en étant davantage centrée sur le déroulement des mystères de la vie de Jésus que sur le compte des Ave Maria : les grains de mon chapelet passant entre mes doigts sans que je sache trop où j’en étais.
Voici depuis comment je récite le Rosaire lorsque je suis seule. Si je suis interrompue, je me souviens toujours du dernier mystère de la vie de Jésus que j’étais en train de contempler et dès que l’occasion se présente (file d’attente, conduite en voiture, marche, etc.), je reprends là où j’en étais. Il va sans dire que cette méditation du Rosaire s’allonge dans le temps mais qu’importe ! Bien sûr, lorsque je suis en groupe je me coule sans difficulté dans la récitation traditionnelle du Rosaire avec tout ce qu’elle comporte d’effet unifiant et pacifiant mais je ne puis m’empêcher dès que je suis seule de retomber dans ma façon pour le moins fantaisiste de méditer cette belle prière.