vendredi 5 décembre 2008
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Marie n’a pas eu peur et pourtant elle aurait eu tant d’occasions de connaître ce sentiment dont nous faisons tous l’expérience. Elle n’a pas été épargnée, et les quelques épisodes de sa vie qui nous sont rapportés dans les Évangiles nous montrent bien que l’attitude de la mère du Christ face à des situations inattendues ou bouleversantes est un signe pour nous qui avons si facilement peur. Peur de nous-mêmes, peur de Dieu parfois, peur des autres souvent, peur de l’inconnu enfin.
Marie vit tous les événements de sa vie dans la confiance et l’abandon. Là où la peur aurait pu l’emporter et la submerger, elle réagit, souvent dans le silence, toujours sous le regard de Dieu. Elle n’est pas désarçonnée par ce qui vient bouleverser ses habitudes ou ses projets. C’est toujours devant Dieu qu’elle s’efface et à qui elle laisse finalement l’initiative et la maîtrise du cours des choses.
Prenons trois événements où la peur n’a eu sur elle aucune emprise, au cours desquels elle n’a pas eu peur.
L’Annonciation : la foi bannit la peur
La visite de l’ange Gabriel avait de quoi surprendre. Pourtant, Marie n’a pas peur. Elle est tout juste troublée et le messager vient la rassurer, l’enjoindre de ne point craindre. La crainte, bien entendu, n’est pas la peur. Elle est en lien avec ce sentiment de respect plein d’amour et de déférence que doit nous inspirer la divinité. Par son humilité et sa confiance, Marie bannit la peur de cet événement unique et merveilleux. Par sa foi, elle bannit la peur qui paralyse et elle se lance, par son Fiat généreux et spontané, sur le chemin que lui trace le Seigneur.
Marie, femme de foi, aurait pu avoir peur de Dieu, de son projet pour elle. Et pourtant, elle se laisse faire, s’en remet totalement à la volonté de Dieu, quelles que soient les conséquences. Elle se nomme elle-même l’esclave du Seigneur, celle qui dépend alors totalement de lui. Elle sait bien, dans sa foi simple et pure, qu’elle dépend de Dieu pour tout.
Marie, femme de foi, aurait pu avoir peur d’elle-même. Dans un acte de fausse humilité, elle aurait pu dire qu’elle n’était pas digne d’une telle visite et d’un tel destin. Marie ne connaît pas la fausseté. Elle ne peut que s’incliner devant le Seigneur et faire sa volonté. Elle ne peut, après avoir donné son consentement, que chanter les merveilles que le Puissant a faites pour elle !
Les Noces de Cana : l’espérance bannit la peur
La célébration de ce mariage, à Cana en Galilée, s’annonçait mal : le vin, ingrédient fondamental de toute fête, allait manquer et Marie s’en rendit compte. Elle voyait bien que l’on courait à la catastrophe… Et là encore, elle fait un saut dans l’inconnu. Elle ose, pleine de confiance, s’adresser à son fils pour qu’il sauve la situation. Et elle ne se laisse pas démonter par la réponse rude de Jésus qui, en fait, va satisfaire la demande de sa mère. Ce récit que nous connaissons bien est touchant de naturel et de vie. Il nous pousse tout naturellement à faire confiance à Marie pour qu’elle intercède pour nous.
Marie, femme d’espérance, aurait pu avoir peur de son Fils, de sa réaction peut-être un peu sèche. Et pourtant, elle reste mère, sa mère. Finalement, elle obtient ce qu’elle désirait, avec la persuasion et la bonté qui sont les siennes. Là encore, elle fait une confiance totale à celui qui vient accomplir les promesses des prophètes. Elle sait – l’ange Gabriel le lui a dit – que celui qui est né d’elle sera grand, puissant, et sauvera son peuple.
Marie, femme d’espérance, aurait pu avoir peur des autres, du regard qu’ils auraient pu poser sur elle. Et pourtant, Marie est si transparente que ce n’est plus elle que l’on voit, mais sa confiance. Elle qui espère contre toute espérance sait que rien n’est impossible à Dieu. Alors sans même formuler une demande explicite à son fils, elle se contente de lui exposer la situation. Elle sait qu’il a compris et elle s’efface, dans la prière et l’action de grâce.
La Croix : la charité bannit la peur
Sur la Croix, Jésus offre sa vie pour nous, pour chacun d’entre nous, personnellement. Et Marie, au sommet de la douleur, est là comme une mère est proche de son enfant qui souffre. Son cœur se déchire. Il est transpercé : voilà l’accomplissement de la terrible prophétie de Syméon lors de la Présentation de Jésus au Temple. Elle communie mystérieusement aux souffrances de son fils. Par amour, elle est au pied de la Croix. Par amour, elle se tient debout en ce moment terrible. Et là, au Golgotha, elle n’a pas peur. Elle souffre parce qu’elle aime. Elle souffre parce que celui qu’elle aime par-dessus tout souffre injustement. Elle est toute souffrance et elle est tout amour.
Marie, femme de charité aurait pu avoir peur de la mort. La mort de son fils, la sienne… Mais au pied de la croix, une fois encore, elle s’oublie elle-même, s’efface. L’heure n’est pas aux grandes réflexions. C’est l’heure de l’amour d’une vie qui se donne, d’un Dieu qui vient sauver l’humanité qui s’était égarée. C’est l’heure de l’amour.
Marie, femme de charité n’a pas eu peur de la mort. Elle n’a pas détourné son regard de la Croix, de son Fils. Et elle nous invite par son exemple à faire de même. Un chrétien ne doit pas détourner son regard de l’arbre de la Croix qui porte le salut du monde. Le Christ vient anéantir la mort qui nous terrorise tant. Marie, femme de charité, sait bien que l’amour vrai chasse la peur et est plus fort que la mort.
Marie, femme de foi.
Marie, femme d’espérance.
Marie, femme de charité.
C’est la plénitude de la vie chrétienne qu’embrasse la vie de Marie. Cette Vie dans le Christ qui a vaincu la mort. Cette Vie d’où est bannie toute peur.
L’auteur de cet article