jeudi 5 avril 2012
1. Tout au long de sa vie, en toute grande occasion, Jésus a invité à sa table. Au repas qu’il présidait, il a reçu les amis de Dieu ; mais aussi, au grand scandale des bien-pensants, il a accueilli des publicains et des pécheurs (Mt 9, 10). Il a reçu à sa table ses intimes pour parler avec eux de la venue du Règne de Dieu. Il a fait du repas le lieu de la confidence et de l’initiation aux secrets du Père.
2. D’une manière éminente, le Repas du Seigneur fait mémoire du dernier repas de Jésus, souvent appelé de son nom latin « la Cène » (Mt 26, 20-29), Au cours de ce repas, par ses paroles sur le pain et le vin et les gestes de la fraction du pain rompu et du partage de la coupe de vin, il a dit le sens de sa vie, de sa mort imminente et de la nouvelle alliance instaurée par son passage au Père.
3. Enfin et surtout, quand toutes choses ont été accomplies, après sa résurrection, Jésus s’est manifesté aux siens au cours des repas : à Emmaüs (Lc 24, 13-35), à Jérusalem (Mc 16, 14) et sur les bords du lac (Jn 21, 1-12). Les apôtres sont ceux « qui ont mangé et bu avec le Seigneur ressuscité » (Ac 10, 41).
Célébrer le Repas du Seigneur, c’est faire mémoire, comme Jésus l’a demandé, de ces événements fondateurs.
Qu’y a-t-il d’important dans un repas de fête ? II y a ce que l’on mange et boit, mais surtout la parole. Mieux vaut un peu et beaucoup d’amitié que beaucoup dans la mondanité superficielle ou dans le silence têtu des mésententes familiales ou des blocages affectifs. De même, dans le Repas du Seigneur, la parole joue un rôle essentiel. Si notre rassemblement eucharistique est le Repas du Seigneur, c’est parce que le Christ ressuscité le préside ; il le fait parce qu’il nous parle. Il parle par les Écritures. Les Écritures ne sont pas un texte du passé, elles sont la parole vivante du Vivant (Jn 6). Les Écritures, Ancien et Nouveau Testament, sont la parole de Jésus ressuscité aujourd’hui. Jésus parle aussi parce que nos frères et nos sœurs, qui sont ses frères et ses sœurs, disent quelque chose de lui par toute leur vie. Pour cette raison, le rassemblement chrétien, que l’on appelle messe, est vraiment le Repas du Seigneur.
Il y a une autre raison pour laquelle notre célébration est le Repas du Seigneur. Dans un repas de famille ou d’amis, ce qui compte, ce n’est pas seulement ce que l’on mange et boit, ni même la parole échangée, mais la présence et l’activité de celui qui invite. Pour qu’un repas de fête soit heureux, il faut que celui qui invite y mette de son travail, de son attention et de sa disponibilité. Bref, il faut qu’il y mette du sien. Avec Jésus, c’est pareil ! C’est même davantage ! Jésus y met plus que du sien, il y met toute sa vie ; il s’y donne en nourriture. Il est présent par ce don de lui-même dans le pain et le vin consacrés par l’Esprit Saint.
Au cours de ce repas, nous recevons réellement en nourriture le Fils de Dieu fait homme et ressuscité (Jn 6, 35-57). Le geste de la communion est si beau et si expressif quand il est bien fait ! Nous mettons en pratique les paroles de Jésus, selon ce qu’a écrit saint Paul. Au cours du dernier repas, Jésus a pris le pain, devenu sacrement de son corps, et il a dit : « Prenez et mangez en tous ! » ; puis il a pris du vin, devenu le sacrement de son sang et il a dit : « Prenez et buvez en tous ! ».
Lorsque le centurion demanda à Jésus de venir guérir son serviteur, il lui dit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes en ma maison, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt 8, 8). Lorsque nous venons manger le pain de la vie et boire à la coupe de bénédiction, nous disons nous aussi au Christ qui se donne à nous : « Je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis une parole et je serai guéri ». Nous communions non parce que nous sommes parfaits, mais nous partageons le corps et le sang du Seigneur parce que nous avons besoin d’être sauvés et d’aller plus avant sur la route où Dieu nous appelle. Jésus ressuscité se donne à nous en nourriture pour partager sa vie avec le Père (Jn 6, 37.40), vie éternelle. Nous communions non parce que nous en serions dignes, mais comme des enfants heureux à la table familiale, comme des amis heureux d’être ensemble, comme l’enfant prodigue revenant à la maison du Père, comme la femme au parfum dans la maison de Simon (Lc 7, 37s). Oui, vraiment, « Heureux les invités au Repas du Seigneur ! ».