À la Pentecôte, le don de l’Esprit

Homélie prêchée le 4 juin 2017, dimanche de Pentecôte

En cette fête de la Pentecôte, nous célébrons le don de l’Esprit. Un don mystérieux, que nous n’aurons jamais fini d’explorer, et qui nous communique sans cesse la vie de Dieu. Cette vie selon l’Esprit va bientôt commencer pour le petit Baptiste Ortelli, qui sera baptisé dans cette chapelle peu après cette messe, par le fr. Paul-Bernard ; et depuis bientôt 90 ans elle anime la vie de notre doyen le fr. Jean-Pierre. Chez saint Luc, elle animait le petit Jean-Baptiste dès le sein de sa mère (Lc 1,15.41.44), mais aussi sa vieille mère Élisabeth (Lc 1,41) et le juste Syméon (Lc 2,25-27).

Les Actes des Apôtres relatent le don de l’Esprit aux Apôtres et à leurs compagnons. Même si les seuls Apôtres sont mentionnés juste avant ce passage (Ac 1,26), le « tous ensemble » du début du passage doit rester ouvert. En effet, un peu plus haut il est question des Apôtres réunis avec quelques femmes et la famille de Jésus, et Luc nomme en particulier Marie, la mère de Jésus (Ac 1,14). Puis, au verset suivant, Pierre se lève au milieu d’un groupe déjà fort d’environ 120 personnes (Ac 1,15). L’icône de la Pentecôte focalise notre regard sur le groupe des Apôtres avec Marie, mais le récit de Luc nous laisse entendre qu’une large famille est en train de naître, autour de Pierre et des autres Apôtres. L’Église naît à Pâques, mais le mystère pascal – la mort et la résurrection de Jésus – s’étend du jeudi saint au dimanche de la Pentecôte. C’est le jour unique de Pâques, un seul et même mystère, une seule et même cinquantaine.

La liturgie de la Parole de ce dimanche évoque l’unique Esprit à travers trois images, toutes trois tirées de la nature : le feu, l’eau et le vent (ou le souffle). Dans le récit des Actes, le don de l’Esprit se manifeste à la fois par un bruit de tempête, « un violent coup de vent » et par l’apparition de langues de feu. Le coup de tonnerre situe la scène dans la lignée des théophanies spectaculaires de l’Ancien Testament, notamment avec Moïse sur la montagne du Sinaï (par ex., Ex 19,16). Quant au feu, c’est un symbole puissant et multiple : il éclaire notre route, comme la Parole de Dieu (cf. Ps 118,105) ; il réchauffe, comme la Parole du Ressuscité a rendu brûlant le cœur des disciples d’Emmaüs (Lc 24,32) ; il purifie, et en détruisant les scories de l’âme il fortifie la foi des croyants, comme « l’or purifié au creuset » (par ex., 1 P 1,7). En tout cela, enfin, il est source de joie, comme le cierge pascal allumé jusqu’en ce jour de Pentecôte nous rappelle la joie de la bonne nouvelle pascale. Dans ce monde refroidi par la haine et la violence, nous avons besoin du feu de l’Esprit Saint. Invoquons-le pour nous, pour l’Église et pour le monde.

Dans sa première Lettre aux Corinthiens, saint Paul nous rappelle la nécessité du don de l’Esprit pour pouvoir proclamer la foi en Jésus, Seigneur ressuscité. Et, précise-t-il, à chaque croyant est donnée une manifestation de l’Esprit, pour le bien de tous. Enfin, de manière très discrète, juste en passant, il dit que « Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit ». Là, c’est l’image de l’eau, de la source où il fait bon étancher sa soif, qui nous est proposée. Une image que les Psaumes et les Prophètes de l’Ancien Testament connaissent bien. L’eau lave et purifie, mais en outre elle apporte fraîcheur et énergie vitale. Nous savons qu’il n’y a pas de vie sans eau, et ce n’est sans doute pas pour rien que, depuis la tradition juive ancrée dans la Bible, Jean-Baptiste puis Jésus et ses disciples ont fait d’un geste d’eau un signe d’entrée dans une vie nouvelle. Tout cela est l’œuvre de l’Esprit en nous. Invoquons-le pour nous, pour l’Église et le monde, car celles et ceux qui ont soif de justice et de paix sont nombreux hors des Églises.

L’Évangile de ce jour nous ramène au soir de Pâques, car pour saint Jean c’est véritablement le triduum pascal qui contient tout le mystère du salut. Le Ressuscité se présente devant les disciples, et après les avoir salués à la manière juive – « Shalom ! La paix soit avec vous ! » – il souffle sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Le don de l’Esprit est ici figuré par le souffle vital du Ressuscité, comme pour rappeler qu’au début de la Création, Dieu avait insufflé son haleine de vie dans l’être humain qu’il venait de façonner (cf. Gn 2,7). Le souffle de vie, Jésus en avait parlé avec Nicodème, en rappelant le mystère du vent dont « tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8). À propos de cet Esprit décrit comme un vent mystérieux, j’aime citer cette phrase inventée par un prêtre (ou un évêque) anonyme, après Vatican II : Le Saint Esprit a élu domicile dans l’Église, mais il n’y est pas assigné à résidence ! Autrement dit, si la multiplicité des dons de l’Esprit se manifeste excellemment dans l’Église du Ressuscité, dans ce Corps que nous formons parce que nous sommes unis au Christ et nourris de sa vie, Dieu ne limite pas son action, ni l’agir de son Esprit, au cercle des chrétiens dûment répertoriés, baptisés, enregistrés dans les Églises.

De cela, l’Écriture a conscience bien, puisqu’elle dit : « Tu envoies ton souffle ; ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » (Ps 103,30), et : « L’Esprit du Seigneur remplit l’univers » (Sg 1,7). Oui, frères et sœurs, rendons grâce à Dieu pour le don de son Esprit Saint, et invoquons-le pour l’Église et le monde. Amen.

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