Le Rosaire : une grâce pour aujourd’hui ?

Comme les siècles, les distances, les efforts, les années ont aussi passé. Mais la prière du Rosaire est restée, selon les paroles du psaume : « Ta jeunesse comme l’aigle se renouvelle ». Il s’agit de grâce, de vie divine. La Prière du Rosaire manifeste une fidélité créatrice. Elle engendre une vie chrétienne et une expression culturelle multiforme, aujourd’hui encore. Tout en regardant cela selon une chronologie trop brève, pensons aux expressions qui demeurent. Car en réalité, il n’y a pas succession d’expressions, mais diversifications ! Des témoignages de chacun pourraient encore le montrer.

a – Les Confréries du Rosaire, le privilège et la place de l’aîné :

On a dit que Douai vit la naissance des Confréries du Rosaire : en France, en 1470, par le zèle du dominicain Alain de la Roche, qui eut la grâce de savoir répandre hors des cloîtres une pratique spirituelle qui s’y était constitué avec les décennies. D’autant que les couvents des «mendiants» étaient en ville.
Actuellement, ces confréries existent toujours, sans habituellement avoir beaucoup d’organisation : elles sont visibles par le biais du Bulletin « Rosaire », « Mon Rosaire » ou « Rosaire et Vie Chrétienne ». Sous ces 3 noms réunis, plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires sont diffusés en France. Ces publications, comme la tradition spirituelle et iconique, illustrent le lien entre dominicains et rosaire, lien qui est une grâce plus qu’une réalité concrète et avérée.
Le fr. Albert-Marie Esnard, dominicain, formulait ainsi : « Frère Dominique, dès l’origine, c’est son ordre même, et c’est pourquoi, au fil des siècles, c’est lui-même encore qui est présent dans son œuvre, qui anime et qui vit par elle. Il détient à l’égard de sa famille une sorte de «grâce capitale», je veux dire une grâce de chef, mais aussi de source. (…) Sa présence dans son œuvre va contribuer à faire du Psautier de Marie une prière d’Église. » (Le Rosaire, 1987 p.276).


b - Le Pèlerinage du Rosaire, le reflet d‘une famille nombreuse :

Pèlerinage national français, lié à la date de la fête de Notre-Dame du Rosaire (7 octobre), il se célèbre annuellement à Lourdes. Il existe depuis 1908, marquant alors les 50 ans des Apparitions de Lourdes. Il commença par une région : celle du couvent dominicain de Toulouse. Peu à peu, il deviendra national. Il est plus que Centenaire !
Il s’est vite diversifié en des services nationaux, dont : Hospitalité nationale, Commissaires et Hôtesses ; Chorale ; Service Jeunes ; et des commissions techniques. Plus de 20.000 personnes (dont 17.000 par nos transports de pèlerins) viennent ainsi à Lourdes ; avec notamment près de 4.000 hospitaliers, 1.500 malades, ou plus de 1.650 « jeunes », scolaires en établissements catholiques.
Il est porté par la prière du rosaire en un lieu où le chapelet est presque «roi», montré par l’Immaculée Conception et prié par s. Bernadette. Toutes les réalités liées au « rosaire » en France y participent. De plus en plus, s’y exprime la volonté d’approfondir la grâce de cette prière et de son appel à pratiquer la vie du Seigneur, sa charité.


c - Les Équipes du Rosaire, le bénéficiaire d’un esprit de famille :

Les Équipes du Rosaire sont comme la benjamine de cette famille dont elle reçoit l’esprit. Elle vient de passer ses 55 ans, près de 10 fois moins que les confréries, ou près de 2 fois moins que le pèlerinage !
Soucieuses d’évangélisation et proposant un double rythme de prière, «chaque jour, chaque mois», permettant la prière catéchétique, attentive à pratiquer un apostolat domestique aussi vers les éloignés de la foi catholique, démultiplié par l’Apostolat des Laïcs, elles sont désormais internationales. Combien de documents manifestent un lien particulier avec la prière du rosaire !
Le 11 février 2010 elles reçurent aussi une lettre de recommandation adressée par le Maître de l’Ordre des Prêcheurs à tous les membres de la « Famille Dominicaine », ce qui manifeste leur essor et une reconnaissance ecclésiale dominicaine internationale.

« Le choix du rosaire comme prière spécifique du mouvement est caractéristique de son esprit missionnaire. Dans la mesure où le mouvement veut être utile à des chrétiens qui ne pratiquent guère, voire à des chrétiens en recherche, le rosaire apparaît comme « un credo tourné en prière », selon la belle expression du cardinal Newman. Utiliser le rosaire c'est raconter l'histoire du Verbe incarné. C'est méditer les plus belles pages de l’Évangile, les plus significatives de l'amour de Dieu pour nous. 'Il a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique' (Jn 3, 16). Entre les mains des laïcs, dans les Équipes du Rosaire, le rosaire devient un instrument d'évangélisation ». (fr. J. Eyquem, o.p. Conférence, L'Idéal des Équipes du Rosaire, 1990).

Dans l’obéissance à l’Église, encouragé par son évêque (Mgr Gabriel-M. Garrone) et incité par Colette Couvreur (qui deviendra la 1ère responsable nationale du Mouvement), réalisant ces sortes d'école évangélisatrices qui rendaient les cœurs disponibles à l’Évangile, le P. Eyquem aida chacun à devenir coopérateur de Dieu. En vérité, y a-t-il plus haut service rendu à une personne que celui-ci ! Ce service est ecclésial et actuel. L'évangélisation qui est de tous les temps, est redevenue le mot fondamental dans la vie de la charité, celle qui bat au cœur de l’Église : rosaire rime avec missionnaire, non avec répétitions, ni routines.
« La France, pour ne parler que de notre pays, est aujourd'hui beaucoup plus profondément déchristianisée qu'au lendemain de la Révolution Française. Une masse importante d'enfants, depuis plusieurs générations, ne sont plus catéchisés. L’Église aujourd'hui est minoritaire dans un monde paganisé. Il devient donc nécessaire de faire porter notre effort sur l'essentiel de la foi chrétienne. Notre Mouvement le peut. C'est en cela qu'il est très actuel. » (La dimension missionnaire des Équipes du Rosaire, Conférence, Toulouse, 13 juin 1989)
Avons-nous perçu cette réalité ? Il n'est pas fréquent que la prière du rosaire soit présentée comme opportune. Qu'elle soit importante, contemplative, dirigée vers Jésus-Christ, dans l’Église, ces points sont habituels. Mais n'était-il pas utile de souligner cette opportunité ? « Un Mouvement qui ne serait qu'un mouvement de prière serait radicalement insuffisant. Fondé sur la prière, il doit aussi pouvoir assurer 'un service de la Parole'. » (La dimension missionnaire…, ibid.)
Ce constat allait plus loin encore : il liait nos Équipes à une réalité plus profonde. L'opportunité, la réalité actuelle, l'évangélisation tout cela manifestait son charisme apostolique, sa manière de faire du bien.

Le secret de la prière mariale à laquelle nous avons la grâce d’accéder et peut-être le mieux dépeint par Henri-Dominique Lacordaire, dominicain, confiant : « Quand Marie entendit pour la première fois cette salutation de la bouche de Gabriel, elle conçut aussitôt dans ses flancs très purs le Verbe de Dieu ; et maintenant, chaque fois qu’une bouche humaine lui répète ces mots, qui furent le signal de sa maternité, ses entrailles s’émeuvent au souvenir d’un moment qui n’eut point de semblable au ciel et sur la terre et toute l’éternité se remplit du bonheur qu’elle en ressent. (…)
Le rationaliste sourit, en voyant passer des files de gens qui redisent une même parole ; celui qui est éclairé d’une meilleure lumière comprend que l’amour n’a qu’un mot, et que le redisant toujours, il ne le répète jamais.
»

 

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