Une origine durable et contemporaine du Rosaire

Déjà avant la célébration du Deuxième Concile du Vatican, le Père Louis Bouyer, confiait dans son livre La vie de la Liturgie : « La pratique dévotionnelle qui, mieux que toutes les autres, peut être régénérée en étant considérée à la lumière de la liturgie, est certainement le Rosaire. Sa simplicité, son atmosphère de pure et évangélique contemplation, quand ses « mystères » sont médités comme étant les parties d’un tout (le passage du Christ et de nous-mêmes avec lui à travers la mort jusqu'à la vie), font du Rosaire une voie facile pour étendre la contemplation liturgique à travers toute la vie quotidienne, pour ramener continuellement toute notre vie à sa source baptismale » (Editions du Cerf, 1956, p.308).

En réalité, la prière du Rosaire si évangélique nous conduit à ce que la place de la Vierge Marie ne soit pas seulement celle d'une statue que l'on pose, arrange ou fleurit, mais celle d'une maman qu'on ose déranger, qu’on sollicite et en qui l’on a profondément confiance, celle qui nous apprend à contempler Jésus et à faire « ce qu’il nous dira » (Jean 2). L’origine du rosaire ressemble alors à son actualité et à son importance : elle reste sa grâce qui féconde notre âme.

Des siècles ont façonné ce qui est la Prière du Rosaire. Mais ce que l’on doit retenir, c’est la réalité vivante de cela. Pour l’illustrer et pour noter la dimension créatrice du Rosaire, remarquons le cas des « Mystères Lumineux ». Cela nous servira d’exemple par la profondeur de cet apport, et par l’accueil qui lui fut réservé chez les fidèles. Cela montre qui peut être fait en de multiples directions à l’aide de cette Prière familière. C’est une concrétisation :

1/ Proposer à la contemplation l’unique mystère qu’est le Christ, selon les voies qu’il a choisies pour se faire connaître ; ce qui revient à livrer à la prière de tous des moments clefs de la révélation chrétienne, des événements capitaux de la vie de Jésus. « Passant de l'enfance de Jésus et de la vie à Nazareth à sa vie publique, nous sommes amenés à contempler ces mystères que l'on peut appeler, à un titre spécial, “mystères de lumière”. En réalité, c'est tout le mystère du Christ qui est lumière. Il est la « lumière du monde » (Jean 8,12). Mais cette dimension est particulièrement visible durant les années de sa vie publique, lorsqu'il annonce l'Évangile du Royaume. »

2/ Plus on scrute l’Evangile en voulant qu’il irrigue la prière des chrétiens, plus des mystères de la vie la plus connue de Jésus devaient être choisis pour être proposés à la prière des chrétiens. « Si l'on veut indiquer à la communauté chrétienne cinq moments significatifs – mystères “lumineux” – de cette période de la vie du Christ, il me semble que l'on peut les mettre ainsi en évidence : 1. au moment de son Baptême au Jourdain, 2. dans son auto-révélation aux noces de Cana, 3. dans l'annonce du Royaume de Dieu avec l'invitation à la conversion, 4. dans sa Transfiguration et enfin 5. dans l'institution de l'Eucharistie, expression sacramentelle du mystère pascal » [Le Rosaire de la Vierge Marie n°21] ;

3/ Plus on approfondit le message, plus on va innover en vérité : n’est-ce pas la réalité ? Dans l’Eglise, en communion avec le pape, nous avons récemment vécu un vrai renouveau dans la proposition de la foi à la prière pour que la prière soit mieux évangélisée ! Les mystères lumineux ont réalisé cela. Ce qui était habituel : le rosaire traditionnel, est aussi devenu nouveauté ; et une transformation a éclairé la vie chrétienne, et son apostolat ! Certes, ce renouvellement était en germination en divers lieux, mais il y a eu alors un saut.

L’exemple de fidélité créatrice touchant les « mystères lumineux » est une incitation à scruter et à développer le message du rosaire ! En 2002, Jean-Paul II précisait : « Chacun de ces mystères est une révélation du Royaume désormais présent dans la personne de Jésus. » Or ce point est vraiment la spécificité chrétienne dans la révélation biblique.
Ces réflexions s’élargissent avec ce constat qui touche tant les mystères lumineux que douloureux : il n’est en effet pas indiqué que la Mère de Jésus était présente lors de chaque moment retenu pour ces séries.

Cette absence permit au Pape Jean-Paul II de noter : « Dans ces mystères, à l'exception de Cana, Marie n'est présente qu'en arrière-fond. Les Évangiles ne font que quelques brèves allusions à sa présence occasionnelle à un moment ou à un autre de la prédication de Jésus (cf. Marc 3,31-35; Jean 2,12), et ils ne disent rien à propos de son éventuelle présence au Cénacle au moment de l'institution de l'Eucharistie.
Mais la fonction qu'elle remplit à Cana accompagne, d'une certaine manière, tout le parcours du Christ. La révélation qui, au moment du Baptême au Jourdain, est donnée directement par le Père et dont le Baptiste se fait l'écho, est sur ses lèvres à Cana et devient la grande recommandation que la Mère adresse à l'Église de tous les temps : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5). C'est une recommandation qui nous fait entrer dans les paroles et dans les signes du Christ durant sa vie publique, constituant le fond marial de tous les “mystères de lumière
» (Le Rosaire de la Vierge Marie, octobre 2002 n°2).

Cette remarque est générale, correspondant à l’ensemble de la Prière du Rosaire. L’attitude de Marie à Nazareth lors de l’Annonciation du Seigneur exprime un accord profond d’Alliance qui prépare la transmission de la Parole.
Elle est « crédible », car elle a cru. N’est-ce pas ainsi que l’accueillera Élisabeth à Aïn Karim : « Heureuse, celle qui a cru » [Luc 1] ? De même, en raison de la foi de Nazareth, son conseil de Cana est crédible et éclairant ! C’est aussi pour cette foi de Nazareth que la Mère de Jésus vient donner écho avec plénitude et justesse à la voix du Père qui se fit entendre au Jourdain. Celui qui est manifesté, elle sait aussi le solliciter : désormais, elle le sait Seigneur ; aussi elle le fera Sauveur ! Les autres mystères seront marqués par ces deux facettes du mystère de Jésus.

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