Le cadeau de l'Assomption de Marie

Homélie prêchée le 15 août 2010 à La Chapelle-en-Vercors

La porte s’est ouverte : sur le seuil apparut Marie de l’Annonciation, « la servante du Seigneur », « la Mère de mon Seigneur ». Le Ciel s’est ouvert : sur son seuil apparut notre Mère, celle de Jésus, Marie, « Comblée-de-grâce ». Notre cœur peut s’ouvrir : sur son seuil, Marie, Celle qui est toute à Dieu et nous apprend à l’être, ou à l’être davantage.

Aujourd’hui, si la joie est au rendez-vous, n’est-ce pas en raison de cette visite cordiale et joyeuse, une visite où l’audace de Marie révèle comment Jésus vient par elle auprès de nous, parmi nous ; une visite où l’action de grâce de la Servante du Seigneur résume qui est Dieu pour elle et pour nous ; pourquoi nous aimons nous tourner vers elle, qui que nous soyons ; et quelle est notre espérance : vivre en Dieu !

Dans ses Derniers entretiens, en 1897, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte–Face, osait confier : « Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge porte du fruit, il faut qu’il montre sa vie réelle, telle que l’Évangile la fait entrevoir (…) Et l’on devine bien que sa vie réelle, à Nazareth, et plus tard, devait être tout ordinaire (…) Il faudrait la montrer imitable, pratiquant les vertus cachées, dira qu’elle vivait de foi, comme nous (…) Que j’aime à lui chanter : "L’étroit chemin du Ciel, tu l’as rendu visible / En pratiquant toujours les plus humbles vertus !"  »

Qu’un sermon puisse porter du fruit, un prédicateur ne peut que l’espérer. Si une sainte en livre un moyen, mieux vaudra en tenir compte. Mais l’Écriture parle-t-elle de l’Assomption ? Comment ? En réalité, l’Écriture sainte nous montre Marie, simplement, comme une mère qui devient un disciple - et à cela il faut être attentif !

La porte s’est ouverte et Marie est entrée, portant en sons sein le Seigneur. La « servante du Seigneur » vient aujourd’hui rendre grâce et aider, car la charité de Dieu se déploie à la fois vers Dieu et vers les hommes. Comme elle fut visitée à Nazareth, voici qu’elle visite en Judée.

Elle est saluée simplement par les mots d’Élisabeth, sa parente : « la Mère de mon Seigneur », et les deux mamans se reconnaissent dans leur identité, et leur vérité. Et c’est pourquoi Marie prophétise : « Il s’est penché sur son humble servante / Désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Parce qu’elle accueillit Dieu, elle peut le porter, l’apporter, le chanter et aider, servir.

Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, nous célébrons l’Assomption !

Car le Ciel s’est ouvert ! Sur son seuil, le Christ a accueilli sa Mère, celle qui demeure « plus mère que reine » ; celle qui prophétise par toute sa vie qu’elle est la route que le Sauveur promet à l’homme. Car « son amour s’étend d’âge en âge / Sur ceux qui le craignent ».

L’expérience de Marie devient source d’espérance. Si les vitraux, les statues, les poèmes, les prières ont magnifié Marie, c’est que, tout simplement, les générations ont reconnu en elle un visage de la confiance, une image ou plutôt une « icône » qui enseigne à se confier à Dieu. Toute sainte, elle a pu « tomber en Dieu » comme certains canadiens diraient que « l’on tombe en amour ».

Pour nous aussi, elle a été choisie par Dieu, préservée de toute tâche, « immaculée », adaptée par Dieu à lui, à sa vie pour l’éternité. Alors, toute sa personne est accueillie au Ciel, prenant part à la vie de Dieu, « en son âme et en son corps », prophétisant notre propre résurrection. En Marie, nous avons le portrait et le destin offert à la personne humaine.

Alors notre cœur peut apprendre à s’ouvrir à Dieu en toute occasion. Le poète Charles Péguy confiera à un ami : « Les prières à Marie sont des prières de réserve, oui, des prières de réserve ».

Des prières, comme des poèmes, des prières comme des sanglots, des prières qui jaillissent ou qui se murmurent, des prières comme des sanglots quand la participation à la liturgie de la messe ou dire un « Notre Père » nous semblent plus savants, ou parce que l’on pense avec maladresse que Dieu est loin et que Marie, elle « au moins », nous comprendra.

Oui, aujourd’hui, notre cœur peut s’ouvrir ; ayons ensemble la simplicité d’y accueillir Marie, comme le fit Élisabeth, comme le fit Dieu lui-même, comme l’écrira sainte Thérèse : « Avec toi j’ai souffert et je veux maintenant / Chanter sur tes genoux, Marie, pourquoi je t’aime / Et redire à jamais / Que je suis ton enfant ! »

Oui, en ce jour joyeux et solennel accueillons ce qui pourrait être nommé « le cadeau de l’Assomption » : apprends-nous à nous confier à Dieu, pour aujourd’hui comme pour toujours !

Assumption
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