Esprit Saint, es-tu là ?

Frères et sœurs,

Le repas va être chaud dans les chaumières toulousaines. Car vos enfants, même les enfants de chœur qui sont presque toujours extrêmement sages, ont écouté les textes que nous propose l’Eglise aujourd’hui et vous allez y avoir droit au prochain repas : « Dis maman, c’est quoi un Paraclet ? », « Dis papa, c’est quoi un Zélamite ? » Et vous allez être bien embêtés…

Parce que ces textes, nous les connaissons presque par cœur. Comme «Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien », les « Parthes, Mèdes et Elamites » font partie du paysage. On les connaît puisqu’on les retrouve tous les ans. C’est la Pentecôte ! La fête de l’Esprit Saint et rien n’est plus redoutable pour un prêcheur que le fait de parler sur des textes que tout le monde connaît.

Heureusement, nous avons la joie de vivre en communauté et notre angoisse de la feuille blanche est souvent apaisée par nos frères eux-mêmes. Hier soir, l’un ou l’autre d’ailleurs y est allé de sa petite formule, de son idée, voire même de sa boutade. Hélas, ces conseils, excellents, n’ont pas apaisé l’angoisse… Alors, il restait une solution : demander à l’Esprit lui-même d’entrer en scène.

Et je l’ai appelé. Oh, pas en faisant comme on fait quand on joue à se faire peur quand on est adolescent. Mais si, vous savez bien : « Esprit, es-tu là ? » Ce petit jeu qui veut croire qu’il est innocent jusqu’au moment où… on se fait vraiment peur. Frères et sœurs, il faut savoir ne pas jouer avec les allumettes. On finit toujours par se brûler…

Oui, je l’ai appelé, en disant : « Esprit-Saint, es-tu là ? »
Et le vent s’est levé.

Il s’est levé, comme le cinquantième jour après Pâques, à Jérusalem quand il y eut un bruit pareil à un grand coup de vent. Les apôtres sont sortis du Cénacle et ils se mirent à parler dans d’autres langues… à tel point que tous les comprenaient. Même les Elamites ! Mais certains ont ricané –et nous ne l’avons pas entendu dans le texte d’aujourd’hui : ce sont les deux versets qui suivent- en disant « Ils sont pleins de vin doux!». Ils ont confondu spirituel et… spiritueux ! Dommage.

Il s’est levé, comme il y a un peu plus d’un an, dans cette église. Souvenez-vous, frères et sœurs : une femme demandait à entrer dans l’Eglise catholique. Elle était debout devant l’autel. Et, sereine, elle a dit : «Je reconnais tout ce que la Sainte Eglise enseigne… ». A cet instant, un très violent coup de vent, fort comme jamais, s’est engouffré dans la chapelle du Saint Sacrement. Des choristes peuvent en témoigner et ils en ont été bouleversés. D’autres ont haussé les épaules : « Voyons, frère, que vous nous bassiniez avec la Sainte Vierge, passe encore, mais vous n’allez quand même pas nous faire le coup du Saint Esprit ! De tels enfantillages, c’est bon pour… les Actes des Apôtres ! » Ils ont confondu spirituel et… fumeux. Dommage.

Il s’est levé, le Saint Esprit, parce que, frères et sœurs, il n’attend qu’une chose : que nous le sollicitions !

A vrai dire, je ne faisais pas trop le malin, il a beau être saint cet Esprit, il est tout de même assez imprévisible et, même si Jésus nous a annoncé sa venue, la venue de cet autre Paraclet, le Défenseur traduisent certains textes, on est quand même bien embêté par ce vent qui se lève.

Parce que le vent, rien ne l’arrête et puis, il ne s’agit pas d’un vent comme les autres. Si l’on invoque l’Esprit Saint (et pas un autre, c’est bien clair?), c’est pour qu’il vienne faire sa demeure en nous. Et là, ça va souffler. Ça va même… décoiffer !

Contrairement aux autres vents qui se contentent de déplacer la poussière, l’Esprit Saint fait un ménage en grand. Il vient pénétrer le cœur des fidèles et les brûler au feu de son amour ! C’est un risque à prendre frères et sœurs.
C’est le risque de l’amour. De l’amour qui ne décevra jamais parce que Dieu est fidèle.
C’est le risque de l’exigence parce qu’il faut que nous osions sortir de nos cénacles douillets… mais qui sentent parfois le renfermé.
C’est le risque de la souffrance parce qu’un cœur qui aime ne peut s’empêcher de souffrir…

Le prendrons-nous ce risque ?

Si nous sommes dans cette église ce matin, c’est que nous avons peut-être bien envie de le prendre ce risque. Ce sera comme un saut en parachute… sans parachute. Il suffira de se poser sur les ailes de l’Esprit, au vent de Dieu ! Et il nous portera. Alors, prenons ce risque et invoquons-le avec confiance !

C’est un saint aragonais qui nous… soufflera notre prière.

« Viens Esprit Saint !
Éclaire mon intelligence pour que je connaisse tes commandements, fortifie mon cœur contre les embûches de l'ennemi, enflamme ma volonté.
J'ai entendu ta voix et ne veux m'endurcir ni opposer de résistance en disant : ʺaprès..., demain…ʺ Maintenant ! De peur qu'il n'y ait pas de demain.
Ô Esprit de vérité et de sagesse, Esprit d'intelligence et de conseil, Esprit de joie et de paix !
Je veux ce que Tu veux, je veux parce que Tu veux, je veux comme Tu voudras, je veux quand Tu voudras...
»

Amen.

Pentecost
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