Ne passez pas à côté de Noël !

Homélie prêchée dans plusieurs églises de Corse la nuit de Noël 2009



Frères et sœurs, c’est toujours un défi pour un prêtre de prêcher pour Noël.

Tout d’abord, parce que « Noël, on connaît par cœur. » Mais malheureusement, Noël on ne connaît pas souvent avec le cœur.

Et puis, « on n’a pas que ça à faire. Il y a les cadeaux, quand même. » Eh bien si, nous n’avons que ça à faire.

Enfin, « pourvu qu’il ne soit pas trop long… parce qu’il y a le repas et il commence à se faire tard. » Ne vous inquiétez pas, je ne parlerai pas trop longtemps. S’il y a bien un point sur lequel tous sont d’accord, c’est qu’une bonne homélie doit être brève !

Un vrai défi… qui empêche de dormir.

Alors figurez-vous qu’hier soir, pris par l’insomnie, je suis venu dans votre église.
La porte n’était pas fermée.

Une douce lumière venait de la crèche et, devant, il y avait un homme vêtu d’un manteau bleu. Il avait posé la lanterne et le bâton qu’il avait à la main. Il était à genoux et il parlait.
Oh, il ne parlait pas tout seul. On lui répondait ! C’était une voix féminine. Oui, le santon de la Vierge Marie conversait avec lui !

Alors, ne voulant pas les interrompre, je me suis assis au fond de l’église et voilà ce que j’ai entendu. C’était le monsieur qui parlait :
« Mais quand même, Vierge Marie, vous ne trouvez pas que c’est un peu trop de fêter Noël tous les ans ? Une fois de temps en temps, ce serait bien suffisant, non ?
Et elle lui répondait, dans un sourire :
- Tu sais, si l’on revient tous les ans, c’est pour rappeler que l’on n’est pas chrétien une fois pour toutes, que ce n’est jamais gagné, qu’il faut toujours y revenir.
Mais lui, inquiet :
- Mais quand même, il fait froid dans nos églises…
Et elle, souriant toujours :
- Le froid de l’église, ce n’est pas ce qui est le pire. Regarde : l’âne et le bœuf nous soufflent dessus. Ça nous tient chaud. Ce qui est plus inquiétant –et là, elle ne souriait plus du tout-, c’est le froid dans les cœurs. Et elle montrait le berceau vide : Les gens se trompent de Dieu. Au lieu de venir voir mon Fils, ils se sont mis à adorer l’argent. L’argent, ça ne réchauffe pas.
Le monsieur lui coupa la parole :
- Mais quand même, Vierge Marie, l’argent, c’est bien utile. Ça permet de manger, d’acheter des cadeaux…
Et elle répondit, avec sa grande douceur :
- C’est vrai, mais l’argent n’est qu’un moyen. On a tant dit que les habitants de Bethléem n’étaient pas accueillants, qu’ils étaient des égoïstes… mais aujourd’hui, c’est pareil. Il n’y a pas de place pour mon Fils. C’est pourtant lui, le plus grand des cadeaux ! Sans lui, plus de Noël, plus de joie au ciel et sur la terre !
Là, notre monsieur s’était fait grinçant :
- Vous en avez de bonnes, Notre-Dame, avez-vous pensé à tous ceux pour qui Noël est un crève-cœur, ceux qui pleurent, qui sont seuls, dans les hôpitaux, chez eux…
Elle répondit :
- Et toi, tu y as pensé ? Tu auras le ventre bien plein, tes cadeaux… et le reste ? Noël est une joie ? Un crève-cœur ? Mais regarde tous ces personnages de la crèche. Ils ne bougent pas, parce que tu es là. Il n’y a que ceux qui ont un cœur et des yeux d’enfant qui peuvent les voir s’animer. Ils sont tous venus avec des présents pour le Petit : le meunier avec un sac de farine, le berger avec un agneau…
Notre homme, à genoux devant la crèche se taisait, un peu gêné. Il n’avait rien apporté au Petit. Et la Vierge Marie, qui n’est pas tombée de la dernière pluie, a senti son embarras. Et, pleine de délicatesse, au lieu de lui faire des reproches, elle lui a dit :
- Tu sais, tu es venu à la crèche, pour y voir mon Fils. Même les mains vides, tu es le bienvenu. Oublie un instant les cadeaux, le réveillon et sois toi. Toi et mon Fils. Viens, entre dans la crèche ! »
Et elle lui a tendu la main. Et il a tendu la sienne.

Et il a disparu… devenu un santon de la crèche ! Je me suis frotté les yeux. Je ne dormais pas. Il était devenu un santon de la crèche ! D’ailleurs, allez voir, il y est encore !

Alors, frères et sœurs, chers amis, qu’attendez-vous pour entrer dans la crèche ?

Noël, c’est Jésus qui se donne. Trouverez-vous un peu de place pour l’accueillir ?

Il est la clef qui donne sens à la vie. Il donne un sens à vos joies et à vos larmes.
Il se donne !
Dans la crèche à Bethléem et ici même, tout à l’heure, sur l’autel.

Il suffit d’ouvrir votre main, votre cœur !

Ne passez pas à côté de Noël !

Amen.

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