La Visitation : l'Évangélisation d'Élisabeth

Homélie pour la fête de la Visitation de la Vierge Marie, le 31 mai 2017, prêchée en l’église du couvent Saint-Lazare de Marseille.


Frères et Sœurs,

Il y a des faits, des événements, qui se produisent dans le temps et qui ont donc un commencement, mais qui pourtant sont loin d’appartenir seulement au passé car ils se continuent toujours et ils appartiennent aussi au présent et même au futur : ces événements se continuent sous des formes variées. Tels sont les événements de la vie de Jésus, à la fois humains et divins et telles sont aussi ses paroles, elles demeurent toujours.

L’événement que nous fêtons aujourd’hui, « la Visitation » de Marie à Élisabeth, c’est le deuxième mystère joyeux du Rosaire, il appartient au passé et au présent, il est toujours d’actualité. Tel est aussi le premier mystère joyeux du Rosaire, l’Annonciation, qui précède et explique le mystère de la Visitation lequel en constitue la suite inséparable. Ce qui s’est passé à Nazareth, lors de l’Annonciation et ce qui se continua dans la maison d’Elisabeth sont des événements qui se continuent tout au long de l’histoire de l’Eglise.

De siècles en siècles, l’Eglise doit accueillir la Bonne Nouvelle du Salut comme le fit Marie, et elle doit devenir, comme elle, le Temple du Seigneur et elle doit aussi annoncer l’Évangile, c’est son apostolat. L’Eglise est appelée à vivre une « Annonciation » et une « Visitation » d’une façon permanente. Comme Marie s’en est allée en hâte vers Élisabeth, l’Eglise doit s’empresser d’aller à la rencontre de l’humanité pour lui révéler la miséricorde universelle de Dieu. C’est, poussée par la charité, que Marie est allée vers Elisabeth et c’est poussée par la charité que l’Eglise va vers le monde. La visitation de Marie, sa « Visitation », est à la fois d’une grande simplicité humaine et c’est aussi une véritable Epiphanie dans laquelle est donné l’Esprit Saint. Le jour de l’Annonciation avait été le jour de « l’évangélisation » de Marie car ce jour-là l’ange Gabriel lui avait annoncé la Bonne Nouvelle du Salut : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique pour que le monde fut sauvé par Lui». A Nazareth l’ange avait évoqué Elisabeth, ce qui était une discrète invitation faite à Marie, l’invitant à la visiter. Marie, poussée par l’Esprit Saint, se joignit sans tarder à la première caravane en partance pour la région de Juda.

 La Visitation fut alors l’« évangélisation » d’Elisabeth, car Marie lui annonça la « Bonne Nouvelle » du Salut, et cette proclamation de l’«Evangile », amena en Elisabeth et en son enfant, la venue de l’Esprit Saint. Peu après la Résurrection de Jésus, Marie vient se joindre aux Apôtres et leur prière commune implora sur eux la venue de l’Esprit de Pentecôte. Pour exprimer l’événement de « l’Annonciation », la langue grecque possède ce que nous appellerions volontiers une admirable trouvaille, c’est le mot Evanguelismos, terme qui signifie « l’annonce » d’une bonne nouvelle, c’est donc exactement « l’Evangélisation ». L’Annonciation fut bien « l’évangélisation » de Marie. C’est sous ce titre que sont présentées les icones qui représentent l’Annonce faite à Marie. La mission de l‘Église à toutes les époques sera toujours une « Annonciation » un « evanguelismos », inséparablement suivie d’une « Visitation » qui est aussi « évangélisation ». Ces deux mystères joyeux du Rosaire sont aussi unis dans la formation de la prière du « Je vous salue Marie » : le premier élément en est la salutation de Marie par l’archange Gabriel : « Je vous salue Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec Vous » et le second élément c’est la salutation de Marie par Élisabeth : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entailles est béni».

Quant au Cantique de Marie, le Magnificat, il est manifestement inspiré par l’Esprit Saint et par le fait que Marie aimait Dieu d’une charité parfaite, elle l’aimait de toute son âme et de tout son esprit et son prochain comme elle-même. Cet hymne à l’amour de Dieu chanté dans la maison d’Elisabeth, est d’actualité dans la liturgie et il est chanté désormais par toutes les générations qui disent Marie « bienheureuse ». Marie dans son chant dit que son âme « exalte » le Seigneur et que son esprit « exulte » en Dieu son Sauveur. « Exalter », c’est pour l’âme, louer, glorifier, élever très haut, c’est proposer à l’admiration, c’est ce que fait l’âme de Marie pour Dieu. « Exulter », c’est pour l’esprit, être transporté de joie, déborder d’une joie que l’on ne peut dissimuler, c’est ce que fait l’esprit de Marie pour Dieu.

La première lecture de la messe, en décrivant la joie intense de la fille de Sion, annonçait prophétiquement la joie de Marie et celle de l’Eglise : « Elle éclate en ovations, elle tressaille d’allégresse, elle pousse des cris de joie… », Telle est la vraie connaissance que Marie avait de Dieu : Celui qui aime connait Dieu ». L’actualité de la Visitation c’est pour chacun de nous de visiter ceux qui ont besoin de nos visites et de nos gestes fraternels et amicaux : « J’étais malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus jusqu’à moi ; pauvre, isolé, votre voisin et vous m’avez visité, vous m’avez salué, parlé et donné de votre temps.

Que chacune de nos « visitations » soit aussi une « évangélisation », une annonce de l’amour de Dieu pour tous. L’actualité des mystères de la vie de Jésus célébrés dans le Rosaire et dans la liturgie sera bien alors une réalité divine en nous.

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