Un cadeau pour le Petit

Homélie pour l'Épiphanie du Seigneur, prêchée le 8 janvier 2016 en l'église Saint-François de Paule à Nice


Frères et sœurs,

Il y a tout juste deux semaines, nous fêtions la Nativité de Jésus. J’étais alors en Corse et ai posé une question presque innocente aux paroissiens. En fait, je voulais savoir le cadeau qu’ils avaient prévu pour le Petit. Après tout, c’était son anniversaire. Et devant la mine dépitée de certains d’entre eux, j’ai vu qu’ils avaient oublié. Peut-être avez-vous oublié vous aussi de lui offrir quelque chose à ce Petit.

Alors comme Dieu est bon, il nous offre une session de rattrapage : c’est l’Épiphanie.
Les mages arrivent d’Orient avec leurs cadeaux. Qu’avons-nous prévu pour l’Enfant ?


De l’or ?

C’est le cadeau qui convient pour le Roi ! De l’or, pas un quelconque métal qui trompe ceux qui veulent l’être. Et nous savons bien que tout ce qui brille n’est pas de l’or.

Avouons au passage que notre vie n’est pas si brillante que ça. Elle manque de silence, ce silence qui est d’or. Elle manque de valeur, affairés que nous sommes à compter nos amis sur les réseaux sociaux, nos avoirs en banque et nos rendez-vous forcément hyper importants de nos agendas surchargés de personnes tout aussi importantes.

Mais où est Dieu ?
Se fait-il rare, comme l’or ?
L’or que nous n’avons pas prévu pour l’Enfant.


Peut-être avons-nous prévu de l’encens !

C’est l’encens qui est réservé à Dieu. Et ses vapeurs, parfois envoûtantes, nous rappellent que notre prière s’élève comme l’encens en présence du Seigneur.

C’est l’encens qui nous donne de voir les rayons du soleil distinctement. Nous sommes entourés par la lumière, même si nous ne la voyons pas… c’est elle en tous cas qui nous permet de nous voir. Et l’encens, traversé par la lumière nous révèle ses rayons. Il révèle ce qui est là mais ne se voit pas.
Par analogie, nous avons à être ainsi : devenir des révélateurs de Dieu qui est bien là mais qui ne se voit pas. Avouons tout de même que nous faisons souvent écran.

C’est nous que l’on montre, que l’on voit et on peut se demander légitimement où est Dieu ?
S’est-il envolé, comme l’encens ?
L’encens que nous n’avons pas prévu pour l’Enfant.


Il faudra nous rabattre sur la myrrhe !

Cette myrrhe utilisée pour l’embaumement du corps. Mais est-ce bien décent de parler sépulture devant un berceau ? Je ne sais… Jésus sera dit Roi des Juifs deux fois : à la crèche et à la croix.

Et puis la myrrhe fait partie de notre vie, même si nous ne le savons pas, elle est un peu partout. Elle entre dans la composition de tant de parfums. Elle est même un des ingrédients d’alcools subtils, de la Bénédictine, parmi tant d’autres. Mais elle s’évanouit, disparaît… comme Dieu.

Là aussi, on se demandera où est Dieu ?
Dilué dans notre vie… quand on lui laisse une petite place ?
Avouons que nous n’avons pas prévu la discrète myrrhe pour l’Enfant.


Pas d’or, pas d’encens, pas de myrrhe.
Alors, qu’allons-nous lui offrir ?

Un contre-exemple nous est donné dans le texte que nous venons d’entendre : c’est celui du roi Hérode. Lui aussi veut offrir un cadeau à l’Enfant, un cadeau empoisonné.
Hérode a les mains vides, mais c’est surtout son cœur qui est vide.
Sans doute avons-nous vu des représentations de la rencontre du roi Hérode avec les Mages. Hérode transpire la mort. C’est ce cadeau qu’il veut offrir à l’Enfant : la mort.

Et ne croyons pas que ce personnage n’est qu’une vue de l’esprit. Il rôde encore.
Rappelez-vous l’été dernier, quand on parlait tant du virus Zika. L’ONU et avec lui les lobbys pro-avortement se sont engouffrés dans la brèche pour que le massacre des innocents ait lieu aussi en Amérique latine et ils ont fait pression. Avez-vous entendu certains évêques latino-américains dire que l’ONU était le nouvel Hérode ?
Ne soyons pas naïfs : Hérode rôde toujours. Et il sème la mort.


Nos mains aussi sont vides, comme celles du roi Hérode.
Espérons juste que nos cœurs ne le soient pas.
Qu’allons-nous offrir à l’Enfant ?

Comme nos mains sont bien vides, la réponse s’impose : il va falloir les lui offrir.
Offrir notre vacuité, nos peines, nos joies aussi.
En fait, nous allons lui offrir tout ce que nous sommes.

Ce n’est sans doute pas bien reluisant, mais finalement, ce que nous sommes, c’est tout ce que nous avons.
Donnons-le à l’Enfant. Donnons-nous à l’Enfant.

Et nous allons le faire comme les mages lorsqu’ils donnent leurs présents. Bien entendu, c’est pour l’Enfant, mais c’est à Marie qu’ils les donnent.
Nous allons faire exactement comme eux : nous allons nous offrir à Jésus par les mains de Marie, parce que Marie est l’étoile qui possède Jésus, l’étoile devant laquelle celle qui a guidé les mages perd son éclat. C’est ce que nous dit si bien Pierre de Bérulle dans son Sermon sur la fête des rois. Ce sera mon cadeau.

« Les mages sont conduits par l’étoile. C’est une étoile qui révèle et annonce Jésus, et conduit à Jésus et à l’étoile qui possède Jésus, c’est-à-dire à Marie ; car vous êtes une étoile, Très Sainte Vierge, une étoile plus brillante que celles du ciel, et devant laquelle viennent fondre les anges et perdre leur lumière ; une étoile en terre, mais qui luit et qui a paru premièrement au ciel qu’en la terre, une étoile qui conserve sa lumière en la présence d’un soleil et qui enfante même un soleil, c’est-à-dire Jésus. Et vous trouverez, ô mages, par la conduite de votre étoile, et plus encore par celle de votre foi, ce soleil et cette étoile, Jésus au sein et entre les bras de Marie, qui tient son Fils, son Dieu et son tout ; et vous le va présenter, ô sages rois et les uniques sages du monde, qui savez chercher, trouver et adorer Jésus en la terre. »

Amen.

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