Noël... en Corse !

Homélie prêchée dans plusieurs églises de Corse en Casinca (Olmo, Loreto, Penta, Venzolasca et Castellare) pour la fête de Noël 2016


Frères et soeurs

Pour un prêtre, la préparation d'une homélie de Noël peut parfois tourner au cauchemar… surtout si c’est la 4ème ou la 5ème fois que l’on vient célébrer Noël au même endroit !

Parce qu’une homélie de Noël, on la pense comme un cadeau, un voyage, un peu de rêve. Comme un conte de Noël peut-être.

L’an dernier, je vous avais emmenés en voyage, à Loreto. Pas à Loreto di Casinca, mais à Loreto en Zambie, une mission où j’avais passé Noël l’année précédente. Une autre année, nous nous étions rendus à Toulouse. Il y a eu d’autres destinations peut-être un peu plus exotiques.


Mais cette année, où allais-je vous emmener ? J’avais l’embarras du choix : dans le cadre de mes fonctions pour le Rosaire dans l’Ordre dominicain, j’ai visité presque une vingtaine de pays en cette année où nous fêtons les 800 ans de la fondation de notre Ordre. Alors j’ai laissé l’Esprit me guider et trois événements sont venus m’éclairer.

Le premier, c’était début août, en Équateur. Comme vous le savez, ce pays prend son nom de la ligne imaginaire qui y passe. Il y a un endroit appelé la moitié du monde où on se prend en photo avec un pied dans l’hémisphère Nord et l’autre dans l’hémisphère Sud. Il y a beaucoup de touristes, peu de francophones. Et là je demande à un couple de me prendre en photo. Ils venaient… d’Ajaccio !

Le deuxième, c’était fin août, en Argentine. Nous avons connu un été mouvementé et même à l’autre bout du monde on parlait de… la Corse ! Pour vous, je sais bien que je suis un pinzutu, mais dès que je quitte l’Île de Beauté, dans ma communauté ou ailleurs, c’est moi le Corse de service, s’il faut se plaindre, taquiner ou argumenter sur la Corse.

La troisième rencontre, ce fut il y a tout juste un mois, sur la place Saint-Pierre à Rome. Le pape avait invité des personnes en situation de précarité pour le Jubilé de la Miséricorde. Et j’avais donné rendez-vous à un frère sur la place et là je vois un drapeau avec la tête de Maure ! Des Bastiais…


Alors, cela devint évident pour moi : cette année, je les emmène… en Corse ! Il fallait oser… Peut-être connaissez-vous une tradition de notre Ordre : le jour de la Saint-Dominique, ce n’est jamais un dominicain qui prêche, mais un franciscain. Et le jour de la Saint-François, c’est un dominicain qui va prêcher chez les franciscains. Alors peut-être qu’un pinzutu allait pouvoir enseigner quelque chose aux Corses sur la Corse.

Que nous disent ces trois histoires, en lien avec Noël ? Reprenons-les pour en tirer un enseignement en ce soir de la Nativité.

La première, l’Équateur, au milieu du monde.
La ligne imaginaire, l’Équateur, est une référence que l’on ne touche pas, que cela nous plaise ou non. Pour ne pas brimer les Eskimos, nous n’allons pas faire passer l’Équateur par le Groenland ! C’est une référence que l’on ne touche pas. C’est comme la crèche ! C’est une référence que l’on ne touche pas. Regardez la polémique pathétique que l’on nous sert désormais tous les ans. Vous avez la grâce de vivre dans une région attachée à ses traditions. Sachez qu’une tradition se promeut, se défend et qu’elle se vit de l’intérieur. Défendez vos crèches ! Qui sait, peut-être un jour pas si lointain que ça, nous ne pourrons plus en faire. Je ne veux pas faire le prophète de malheur, mais… défendez vos crèches !

La deuxième, notre été mouvementé.
Il l’a été en juillet à Nice, en août en Corse et ailleurs aussi. Depuis l’autre bout du monde, j’ai même entendu un Corse qui était interviewé et qui disait : « La Corse est chrétienne et elle le restera ! » Ça fait plaisir de l’entendre… et on espère que ce soit vrai ! Parce qu’être chrétien, ce n’est pas seulement venir à la messe une fois par an à Noël, il en faut un peu plus ! L’Enfant de la crèche attend quelque chose de vous. C’est bien beau –et je vous félicite !– de lui dire qu’on l’aime une fois par an… mais ce n’est pas assez.

La troisième rencontre, celle de la Place Saint-Pierre.
Le drapeau à la tête de Maure au cœur de l’Église ! C’était beau de le voir sur cette place que vous connaissez et qui nous accueille dans ses bras comme le ferait une mère. Être au cœur de l’Église ! Et c’est le drame de notre monde : c’est que l’on n’est pas assez chrétien. Il est facile de se plaindre des autres… mais eux, au moins, ils défendent leur foi ! Qu’attendons-nous pour défendre notre foi, notre Église et nos prêtres ?

Garder ses références – Être chrétien – Au cœur de l’Église.
Et pour quoi faire ? Pour accueillir Jésus !
C’est ce que nous faisons en cette nuit.


Il y a une qualité –et ce sera ma conclusion– dont je n’ai pas parlé et qui va si bien à la Corse : la générosité. Ici, on ne fait pas les choses à moitié, pour le meilleur… et pour le pire ! Généreux, vous l’êtes. La preuve, c’est que tout à l’heure ou demain matin vous allez échanger des cadeaux.

J’ai une petite question pour vous : quel cadeau avez-vous prévu pour le Petit ? Parce qu’après tout, c’est son anniversaire !
Rien ?
Alors permettez-moi de vous faire une suggestion.

Quand vous ferez votre prière, vous lui parlerez à ce petit. Un chrétien, ça fait sa prière, ça parle à Dieu et ça l’écoute. Quand vous ferez votre prière tout à l’heure –devant la crèche, à la maison, dans votre chambre, en famille ou… en cachette !– vous lui offrirez la Corse et vous lui direz qu’il peut en faire ce qu’il veut. Ça ne vous engagera pas beaucoup, mais si elle est au Seigneur, il n’en fera que des merveilles.

Et si vous vous sentez soudain un élan de générosité supplémentaire, offrez-vous vous-même pour qu’il vous accueille dans son cœur pour faire, comme lui, la volonté du Père.

Ça pourrait donner ça :

« Seigneur Jésus, toi le divin Enfant qui nous est donné, regarde notre Corse. Nous te l’offrons. Fais-en ce que tu veux pour qu’elle devienne belle selon ton cœur.
Seigneur Jésus, toi le divin Enfant qui nous est donné, je n’ai rien pour toi sinon ce que je suis. Je te donne ma petite vie. Fais-en ce que tu veux pour qu’elle devienne belle selon ton cœur. »

Amen.

Birth of Christ
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