L’Annonciation et la dignité de l’homme

Homélie prêchée le dimanche 21 décembre 2008, 4ème dimanche de l’Avent

Fra Angelico est un de grands maîtres de peinture du quinzième siècle. Ce frère dominicain créait un art contemplatif en vue d’aider ses frères prêcheurs dans leur méditation sur la vie de Jésus. Parmi ses peintures couvrant les murs du couvent de Florence et les autels qu’il a décorés, il nous a laissé trois représentations étonnantes de l’Annonciation. Aujourd’hui, j’ai choisi une d’entre elles pour nous aider à méditer sur la rencontre entre l’ange Gabriel et Marie.

A première vue, la peinture de Fra Angelico semble être loin de l’historique. Marie a la peau claire et les cheveux blonds et bruns, comme une femme européenne. Elle porte des vêtements riches qui conviennent à la noblesse Florentine du quinzième siècle. Mais on ne commence pas un regard contemplatif par la recherche des détails historiques. Fra Angelico veut nous faire entrer dans la réalité spirituelle de ce récit biblique. Le chemin contemplatif nous invite à reconnaître la vérité profonde communiquée par les symboles de l’art.

Sur la droite de la peinture, Marie est assise dans la véranda d’une belle maison romaine. La véranda est encadrée par cinq colonnes romaines et donne sur un jardin luxuriant situé à gauche. Historiquement, Marie venait probablement d’une famille simple et assez pauvre. Mais une belle maison lui convient, car c’est un symbole très commun pour le peuple Israël biblique. Les premiers mots de l’ange évoquent cette image d’Israël : « Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ! » C’est une salutation biblique et eschatologique à Jérusalem, annonçant que le Seigneur est présent pour sauver son peuple. Dieu demeure à l’intérieure des murs de Sion. La gloire de Dieu repose sur Jérusalem. La maison doit être belle pour représenter tout cela. Marie représente Israël en sa totalité. Dieu y demeurera bientôt.

Le jardin de Marie est sûrement trop luxuriant pour un jardin en Palestine. Mais il s’agit de l’histoire du salut. Cette histoire avait commencé dans un jardin. Naturellement, en arrière fond, Fra Angelico montre Adam et Eve. Ils sont à gauche dans le jardin, quand un autre ange les chasse du paradis après la chute. Mais la nouvelle Eve est arrivée. La première Eve est la mère de tout homme. Le premier Adam et Eve sont à l’origine de notre race humaine et à l’origine de tout péché. Marie est la nouvelle Eve, la mère de tous les fils adoptifs de Dieu. Elle est le signe de la victoire sur le péché en concevant le nouvel Adam dans son sein. Dieu offre à l’homme sa dignité et lui permet de participer à son propre salut. Jésus et Marie vont nous conduire au vrai paradis, à savoir, le ciel. A la fin du livre de l’Apocalypse, le ciel est un grand jardin luxuriant, le fruit du courage de Marie. Par conséquent, elle vit à côté d’un beau jardin.

Revenons au tableau. Nous trouvons un livre sur ses genoux de Marie. Historiquement, elle ne savait pas lire. Mais Marie avait acquis la sagesse infuse. Les pères de l’Eglise nous rappellent la belle formule selon laquelle Marie avait tout d’abord conçu le Verbe dans son âme pour ensuite le concevoir dans sa chaire. Marie ne lisait pas la Bible, mais elle connaissait les profondeurs divines grâce à une pédagogie divine. Dieu prend une jeune fille juive analphabète et l’élève à une sagesse étonnante.

Au milieu du tableau, nous trouvons l’ange Gabriel. Il porte une robe rouge et ses ailes sont dorées. Il s’incline légèrement devant la Vierge, car elle le dépasse en dignité. Mais il ne se prosterne pas. Elle n’est pas une déesse. Il dit : « Pleine de grâce. » Cette appellation n’est jamais utilisée pour une autre personne dans la Bible. Marie est sans égal, complètement comblée de grâce. L’ange ne parle pas d’un don surnaturel à venir. Le Grec utilise le passé simple. La plénitude de la grâce est déjà arrivée, avant l’Incarnation. Donc, Marie porte une robe fine orange et un beau manteau bleu. La beauté de son âme rayonne sur son corps. L’homme qui s’ouvre à la grâce participe vraiment à la gloire divine. Par là, Dieu nous donne une nouvelle dignité.

Les bras de Marie sont creusés sur sa poitrine, en signe de son étonnement et la merveille qu’elle éprouve. Ciel et terre se rencontrent. Mais son visage est paisible et attentif, car Marie est une contemplative exceptionnelle. Elle est toute prête pour dialoguer avec l’ange.

Juste au-dessus de l’ange, nous voyons une colombe encadrée par un rayon de lumière venant du ciel. Ici quelques secondes précèdent l’Incarnation. L’ange attend la réponse de Marie. Dieu et l’ange dépendent de Marie. Elle est tout à fait libre. En acceptant de devenir la Mère de Dieu, son fiat n’est ni une obéissance passive ni une résignation. Le terme grec exprime un désir joyeux. Marie participe activement au salut du monde. Dans sa culture juive, les femmes étaient bien subordonnées aux hommes. Mais Dieu demande la permission d’une pauvre femme pour l’œuvre du salut.

L’Incarnation du Verbe dans Jésus de Nazareth est la pédagogie par excellence. Dans Jésus, nous découvrons notre propre identité. Nous apprenons la grandeur de l’humanité. En Jésus, nous voyons finalement que chaque homme et chaque femme a une valeur infinie. Mais Dieu commence déjà cet enseignement avec Marie.

Fra Angelico manifeste cette révélation de l’homme à l’homme. Une fille juive jeune et pauvre devient une femme florentine belle et riche. Marie est un maître de la contemplation biblique. Sa dignité surpasse même celle des anges. Dans Marie, Fra Angelico nous enseigne notre dignité.

Dans trois jours, nous allons adorer le petit Jésus dans la crèche. Dieu est devenu petit pour manifester notre grandeur. Quand j’écoute l’enseignement de Marie à l’Annonciation et du bébé Jésus à Bethléem, je commence à comprendre ma dignité, et celle de tous mes frères et sœurs.

 

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