Aller vers la miséricorde et la Paix du Seigneur ressuscité

Homélie prêchée au Monastère de Chalais, le 3 avril 2016, Dimanche de la Divine Miséricorde



« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi ! »

Nous connaissons bien, cette fameuse phrase qui vient du début des Confessions de saint Augustin.

Aujourd’hui, dans ce dimanche de l’Octave de Pâque, dans ce dimanche de la miséricorde divine, nous pouvons méditer, sur les mouvements et sur les repos, qui sont liés à la fois avec la résurrection et avec la miséricorde divine, les mouvements et les repos que nous sommes invités à poursuivre, à la suite des premiers témoins de la résurrection.

Et il y en a trois mouvements, sur lesquels nous pouvons réfléchir à cette occasion.

Le premier mouvement est vraiment un mouvement physique. La course, la marche, et après - le repos – que les premiers témoins de la résurrection ont expérimenté.

Le deuxième mouvement n’est pas un mouvement aussi typique : c’est plutôt une évolution dans les manières dont les premiers témoins de la résurrection appellent le Christ ressuscité. Ce mouvement culmine par la confession de l’apôtre Thomas : « Mon Seigneur et Mon Dieu ! ».

Et enfin, le troisième mouvement, c’est la miséricorde divine elle-même, ou plutôt notre mouvement vers cette miséricorde.

Commençons donc par les premiers mouvements que la résurrection du Christ a provoqués, selon le témoignage de saint Jean : Quand Marie de Magdala se rend pour première fois au tombeau et trouve la pierre enlevée, elle court vers Simon-Pierre. Celui-ci va au tombeau. En fait, il ne va pas, il court, et le disciple que Jésus a aimé, court avec Pierre et il court encore plus vite que lui. Ils entrent au tombeau, trouvent les bandelettes et le linge qui a couvert la tête, et ils rentrent chez eux. Marie de Magdala reste dehors, pleure,  et le Christ lui apparaît en disant : « ne me touche pas. Mais va vers mes frères et dit leurs que je monte vers le Père. » Marie va donc vers les disciples. Ce soir même, alors que les disciples sont rassemblés derrière les portes, arrive le premier repos dans tous ces mouvements : Jésus leur apparaît et dit : « la Paix soit avec vous ». Et il souffle sur eux son Esprit.

Huit jours plus tard, deuxième repos. Jésus apparaît de nouveau, en disant de nouveau : « la Paix soit avec vous ». Et il invite Thomas à mettre ses doigts dans le côté qui a été transpercé. C’est un grand repos qui permet à Thomas faire une grande étape dans leur foi.

Nous pouvons pareillement suivre une évolution dans la manière d’appeler le Christ. Le titre kyrios, le Seigneur, est très souvent utilisé dans la Bible ainsi que dans l’ancienne culture grecque. Pendant la vie publique de Jésus, plusieurs personnes que le Christ a guéries l’appellent « Seigneur ». Or, les disciples de Jésus et les personnes les plus proches l’appellent plutôt: « Rabbi ». Quand Marie de Magdala pleure auprès du tombeau vide et rencontre le jardinier, elle l’appelle « Seigneur », mais dès qu’elle reconnaît que c’est le Christ, elle l’appelle : « Rabbouni ». Et ensuite, en arrivant chez les disciples, elle dit, j’ai vu le Seigneur. Et à partir de ce moment-là, Jésus ressuscité n’est pas appelé autrement que « Seigneur ». Il est le Seigneur ! Et quand l’apôtre Thomas voit les mains du Christ et met ses doigt dans son côté, il s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

C’est là où, selon saint Jean, se culmine le mouvement, l’expérience, l’acte de foi et la confession qui sont en quelque sorte communs à tous les premiers témoins et ainsi nous sont transmis, pour que nous puissions à notre tour en nourrir notre foi, notre confession et notre mouvement, notre démarche, notre course vers Dieu, avec les petits repos et en vue du grand repos dans le Seigneur qui est notre Dieu.  

La miséricorde divine…Comment se manifeste-t-elle dans ces événements de la résurrection ? D’où vient ce mouvement de la miséricorde ? Comment le saisir, ou plutôt, comment le rejoindre ?

Quand le Seigneur apparaît pour première fois à tous les disciples et souffle sur eux son Esprit, il leur dit : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Et quand il apparaît pour deuxième fois, il invite Thomas à toucher ce côté, dont a jaillit l’eau et le sang. Nous avons ici tous les trois sacrements qui nous font renaître et vivre dans le Christ. Le sang versé pour la rémission des péchés, l’eau dans laquelle nous pouvons renaître pour la vie nouvelle, le pardon, administré par les apôtres et leurs successeurs, qui renouvellera sans cesse la grâce de cette nouvelle vie. Voici les sources de la miséricorde divine qui se laisse connaître d’abord par ceux qui vont devenir ses apôtres et ses ministres. Pouvoir raffermir sa foi et répondre au Christ, « Mon Seigneur et Mon Dieu », n’est-ce pas un fruit primordial de la miséricorde divine ? Le reflet du visage du Christ, l’empreinte de sa passion vivifiante, par laquelle l’immense amour de Dieu pour nous s’est manifesté, n’est-ce pas une invitation, ou plutôt un torrent d’amour qui séduit finalement celui qui le suit ?

Revenons à la fin, encore une fois, à la question de l’usage des titres « Rabbi », c’est-à-dire le Maître et « Kyrios », c’est-à-dire le Seigneur. A vrai dire, pour être honnête et précis, même les disciples, Marie Madeleine et Marthe, appelle le Christ « Seigneur » dès avant la résurrection. Or, c’est toujours dans les circonstances particulières, comme pendant la tempête sur la mer de Galilée ou pendant la résurrection de Lazare. Au moment de lavement des pieds, Jésus dit à ses disciples : « Vous m’appelez Seigneur et le Maître, et je le suis » (Jn 13, 13). Néanmoins, après la résurrection, ses disciples l’appellent uniquement : « Seigneur ». Il est le Seigneur de la vie, la mort n’a plus sur lui aucun pouvoir. C’est aussi parce qu’ils attendent un autre Maître, qui va les conduire à la vérité toute entière (Jn 14, 26), l’Esprit du Seigneur.

Enfin, la miséricorde existait dans les relations humaines déjà dans l’antiquité avant le Christ: quelqu’un plus élevé, qui était appelé « Seigneur », pourrait montrer sa faveur particulière et gratuite à son sujet qui était dans la misère et dans la peine, à condition que ce sujet veuille accepter cette faveur.

Plus grande encore, et plus fructueuse est cette miséricorde que Dieu le Père a révélé dans son Fils et répandu par son Esprit.

L’Eglise que le Seigneur a fondé sur les apôtres, est sans cesse appelée à attirer les malades et les incroyants qui n’ont pas encore touchés la Source par les doigts de leur foi et qui veulent croire.

En croyant en celui que Thomas a confessé comme son Seigneur et son Dieu, ils peuvent, eux aussi, trouver leur repos et la Paix que ce monde ne leur peut pas donner.

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