Notre vraie patrie : le ciel !

Homélie prêchée pour la Solennité de l'Ascension, en l’Église Saint-François de Paule à Nice, le 5 mai 2016


Frères et sœurs, il y a un proverbe espagnol qui dit la chose suivante : « Dans l’année, il y a trois jours qui brillent plus que le soleil : le Jeudi Saint, la Fête Dieu et le jour de l’Ascension. »

Nous avons bien repéré deux fêtes eucharistiques –le Jeudi Saint et la Fête Dieu– mais l’Ascension se démarque. Il s’agit donc d’un jour qui, certes, « brille plus que le soleil », mais d’un jour pas comme les autres.

C’est une fête tout à fait particulière car s’y mélangent la tristesse, l’incompréhension… et la joie indicible.


La tristesse, c’est celle de la séparation, celle du départ de celui que l’on aime vers l’inconnu, même s’il a tâché de nous préparer à ce moment.
Et la tristesse est mauvaise conseillère. Elle pourrait d’ailleurs être la nôtre devant l’actualité qui nous assomme, devant tant de terribles scandales qui secouent notre Église dernièrement. Même si nous essayons de raison garder, un tel déchaînement médiatique a de quoi donner le tournis. Il pourrait même nous faire douter de la foi qui nous anime. Et le monde n’attend que cela.

Il y a tout juste une semaine, alors que j’étais dans une rue d’une petite ville du Rouergue, je passe devant un bar où, ostensiblement, on se paie ma tête. Et j’entends : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis engouffré dans le troquet, en colère. La conversation qui a suivi a été épique. Ou devrais-je plutôt dire le monologue, tant la douzaine d’interlocuteurs a été médusée de voir entrer en trombe un moine en blanc. « Que les choses soient bien claires, ai-je conclu, certains prêtres, une infime minorité ont fait des choses ignobles. Il faut qu’ils soient punis. Mais je refuse de payer pour des méfaits que je n’ai pas commis. » Acquiescement de notre assemblée improvisée.

Ne nous laissons pas enfermer dans la tristesse. C’est l’Ascension : il faut regarder plus haut et plus loin et suivre les conseils entendus dans la 1ère lecture : avancer « vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience. » et continuer « sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. »


L’Ascension est une fête où plane l’incompréhension.
L’incompréhension est, elle aussi, mauvaise conseillère. Manifestement, les Apôtres n’ont pas tout compris : ils continuent à poser des questions à Jésus –soit dit en passant, nous avons le beau rôle, nous qui connaissons la fin de l’histoire !– et ils restent là à regarder le ciel ! Les deux hommes en vêtements blancs eux-mêmes vont les reprendre.

Il est facile de dire que les autres ne comprennent pas… quand nous sommes parfois dans des cas bien similaires. Prenons un exemple récent… et polémique.
Le pape François repart de l’île de Lesbos avec des réfugiés, tous musulmans et pas un seul chrétien. Nous avons à ce sujet tout entendu, tout et son contraire. Peut-être y sommes-nous allés de notre avis, le bon, bien entendu. Je vous avoue –mais peut-être ne devrais-je pas le faire, mais tant pis, j’en prends le risque !– que j’ai été profondément chagriné par toute cette histoire. Se bousculaient dans ma tête ces réfugiés chrétiens irakiens rencontrés au Kurdistan en novembre dernier puis ces chrétiens du Pakistan visités au début du mois de mars. Bien sûr, pour me rassurer ou me donner bonne conscience, j’aurais pu m’en tirer par une pirouette du genre : « Le pape a ses raisons que je ne comprends pas ou bien qui ne sont pas les miennes. » mais cela ne me satisfaisait pas.
Alors j’ai demandé à l’Esprit-Saint et je me suis rendu compte que ma peine avait quelque chose à voir avec celle des habitants de Nazareth quand Jésus leur parle de la veuve de Sarepta ou bien de Naaman le Syrien et qu’il suscite leur colère.
Chagriné, je le suis encore, sans doute, mais peut-être devrais-je l’être plus encore de mon incapacité à aimer pleinement, jusqu’au bout.

Ne nous laissons pas enfermer dans l’incompréhension. C’est l’Ascension : il faut regarder plus haut et plus loin.


Car l’Ascension, c’est bien plus qu’une tristesse et une incompréhension : c’est la fête d’une joie indicible.

Plus que d’une tristesse, d’ailleurs, je préfère parler d’une nostalgie qui vient s’emparer de notre cœur. Les deux hommes en vêtements blancs ne demandent pas aux Apôtres d’oublier le ciel, ils leur demandent de ne pas rester pétrifiés, de garder au fond d’eux ce désir du ciel. Le ciel est notre patrie et tous, nous avons gravée en nous cette nostalgie du ciel.

Cette incompréhension qui surgit est si naturelle. Tous, ici présents, nous ne sommes jamais morts. On ne meurt qu’une fois et, c’est une certitude, nous mourrons tous un jour. Le passage est plus qu’un mystère, insondable et terrible. Au ciel, c’est devant Dieu que nous allons nous retrouver. Le Seigneur qui monte aux cieux nous montre le chemin. C’est le chemin que suivent ceux qui l’aiment et lui ressemblent, c’est le chemin des saints et c’est le nôtre. Plutôt que de penser à la mort, et si nous pensions un peu plus au ciel ?

Alors pour vivre cette joie sans fin qui nous attend au ciel, il va falloir penser à le préparer dès aujourd’hui. Il va falloir apprendre à vivre au souffle de l’Esprit, dès ici-bas, en vrais catholiques, fiers et heureux de notre foi.

Jésus promet d’envoyer son Esprit à ses disciples. Il nous le promet aussi. Pour qu’il se communique à nous, apprenons à faire une place à Marie dans notre cœur et dans notre vie. C’est saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui écrit que «quand le Saint-Esprit, son Epoux a trouvé Marie dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu'elle donne place à son Epouse. »


Avec Marie, vivre au souffle de l’Esprit.
Oh, ce ne sera pas encore le ciel… mais nous en aurons un avant-goût qui nous le fera désirer plus encore.

Frères et sœurs, le ciel est notre vraie patrie.
Vivement le ciel !
Amen.

 

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