La Résurrection... avec Marie-Madeleine

Frères et sœurs, vous connaissez certainement cette belle histoire que l’on raconte en Provence : quelque temps après la résurrection de Jésus, une embarcation quitta les rives Terre Sainte. À son bord, il y avait Marie-Madeleine, Marthe et les autres saintes femmes ainsi que Lazare. La barque fut poussée par les courants jusqu’en Camargue au lieu que l’on appelle aujourd’hui Les Saintes-Maries-de-la-Mer.

Lazare resta dans la ville qui allait devenir Marseille et en devint le premier évêque. Marthe remonta le Rhône et renvoya la tarasque, une sorte de dragon, au lieu dit Tarascon. Quant à Marie-Madeleine, elle trouva refuge dans le massif de la Sainte-Baume où sa présence est toujours vénérée. Alors qu’elle était allée rendre visite à Maximin, en la ville qui allait prendre le nom du saint évêque, elle mourut et une basilique immense, le troisième tombeau de la chrétienté, a été érigée sur ses reliques.

Il y a tout juste huit jours, avec nos futures baptisées et leurs parents, nous avons pris la route jusqu’à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, non pour faire entrer Laura-Marie au couvent, comme certaines mauvaises langues ont pu le dire, mais pour aller à la rencontre de Marie-Madeleine. Nous avons visité la basilique puis nous nous sommes rendus chez les sœurs moniales dominicaines, dans leur monastère isolé. Là, nous avons partagé notre repas puis Laura-Marie a retrouvé une sœur. Ce qu’elles se sont dit restera du domaine du secret, le leur. Les parents sont allés faire un petit tour dans les vignes avoisinantes. Et je les ai attendus, sagement, dans la chapelle, savourant le silence.

Une femme est entrée dans la chapelle et j’ai pensé qu’il s’agissait d’une des mères de famille qui étaient en récollection ce jour-là au monastère. Mais non. Elle s’est dirigée vers moi. Son visage me disait bien quelque chose, mais je ne l’ai pas reconnue. Je suis si peu physionomiste… Elle m’a tendu une enveloppe sur laquelle il était écrit : Pour Laura-Marie – À n’ouvrir et à ne lire qu’à la Vigile Pascale. Une lettre pour toi, pour nous tous ici rassemblés.

Alors j’obéis et en fais la lecture. D’ailleurs, Laura-Marie, tu m’en as donné l’autorisation, alors…

« Ma chère Laura-Marie,

Voici un courrier auquel tu ne t’attends pas, mais je ne résiste pas. Ta visite, tout à l’heure, dans ma basilique m’a fait tant plaisir. Oh, je suis restée discrète, moi qui, si souvent, ne l’ai pas été, mais vous avez tant parlé de moi. Te souviens-tu de la chaire sculptée où toutes mes rencontres avec Jésus étaient représentées ? Celle chez Simon le Pharisien, celle avec ma sœur Marthe… et puis celle de la Résurrection ! Mais vous n’avez pas que parlé de moi. J’ai entendu ce que vous disiez au sujet de ton baptême… alors je me suis dit : comme ils sont venus vers moi, alors je vais venir vers eux, à Nice, par cette lettre en cette nuit où tu entres, avec ta petite sœur, dans la grande famille des chrétiens.

Tout d’abord, je tiens à te féliciter. Depuis bien des années, tu portes cette relation à Dieu dans ton cœur et aujourd’hui tu franchis une étape décisive, que tu choisis, toi-même, tout à fait librement. Ce n’est pas rien et il te faudra rester fidèle. Regarde ce qui nous est arrivé la nuit de Pâques : avec mes amies, nous sommes allées au tombeau pour prendre soin du corps de Jésus. Et voilà que nous trouvons deux hommes en habit éblouissant qui nous disent qu’il est ressuscité. Incroyable, non ? Eh bien justement, si, c’est croyable et ça change la vie. Les hommes ne nous ont pas crues. C’est bien les hommes, ça. Toujours à vouloir tout expliquer histoire de se rassurer… Ils ont même dit que nos propos étaient délirants ! Trop facile, n’est-ce pas ?

Ensuite, si je t’écris, c’est pour t’encourager. Courageuse, tu l’es. Et du courage, il t’en faudra encore. Si je me suis trouvée sur ton chemin… et si je m’invite à ton baptême, c’est pour te dire que le bon Dieu est toujours là où on ne l’attend pas. Regarde, dans l’évangile de ce soir : rien ne s’est passé comme nous l’avions prévu. Nous pleurions la mort d’un ami… et nous ne le retrouvons pas. Nous annonçons une bonne nouvelle… et nous nous heurtons à l’incrédulité des autres. Et j’avoue que ce jour-là, nous n’avons pas compris grand-chose. Nous avons vu et nous avons dit. Tant pis pour ceux qui n’ont pas voulu entendre. Mais il fallait sans doute leur laisser un peu de temps. Dieu ne force jamais les choses. C’est peut-être nous qui forçons un peu trop le verrou de notre cœur.

Enfin, cette lettre veut te dire toute ma joie. Tu es pour moi comme une petite sœur. Et si je ne suis pas ici en chair et en os, mes parfums se cachent dans l’encens qui se répand, ma beauté est dans la lumière et dans les chants et mon rire s’est mêlé au son des cloches tout juste rentrées de Rome. Sache que je prie pour toi auprès du Seigneur, pour que ta foi grandisse, que tu deviennes une belle chrétienne auprès de ceux qui ne le sont… pas encore.

Courage petite sœur,
C’est le début du chemin.
Un chemin où tu ne seras jamais seule.
Un chemin de lumière et de joie,
Amen, Alléluia ! »

 

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French