Le "hasard" fait si bien les choses

Homélie prêchée au couvent du Saint-Sacrement de Nice, le dimanche 17 janvier 2016, à la messe de 20h30


Frères et sœurs,

Le hasard existe-t-il ?
Voilà une bonne question !

Un chrétien dira que non, que rien n’arrive par hasard… et il essayera alors de conjuguer prédestination, omniscience de Dieu et liberté de l’homme. L’équilibre n’est pas facile à trouver, mais on y arrive.

Un non-chrétien aura sans doute une autre démarche. Certains nous surprendront et pourront nous offrir de belles formules. Il en est une, du physicien Albert Einstein –un expert en formules !– qui a d’ailleurs été reprise par Woody Allen, qui avait des lettres : « Le hasard est le nom que prend Dieu s’il veut voyager incognito. »

Figurez-vous donc qu’aujourd’hui, le « hasard » nous joue bien des tours. Il sème sur notre chemin des coïncidences qui s’entremêlent. Et nous allons nous y arrêter pour voir ensemble comment le « hasard fait [si] bien les choses. »

Il y a tout d’abord aujourd’hui une convergence de dates : ce dimanche, nous entendons l’évangile des Noces de Cana et en même temps, c’est un anniversaire que nous célébrons, celui des apparitions de Pontmain, le 17 janvier 1871. Il y a tout juste 145 ans, en soirée, une belle dame apparaissait dans le ciel sous le regard émerveillé d’un groupe d’enfants qui étaient les seuls à la voir.

Au premier regard, ces deux événements, distants de 18 siècles, n’ont aucun rapport. Et pourtant ! Comme le dit sobrement le texte évangélique : « La mère de Jésus était là. » Une même présence, celle de Marie, qui unit instantanément deux histoires pourtant si éloignées dans le temps et l’espace.

Mais ce n’est pas le seul élément commun qui nous permet de les mettre en relation. Dans les deux cas, une catastrophe annoncée qui est changée en joie. À Cana, le manque de vin risque de faire tomber la fête à l’eau. L’inquiétude est palpable et la tension monte: « Ils n’ont plus de vin. » À Pontmain, c’est tout un peuple qui est dans l’angoisse : les armées prussiennes envahissent la France en une marche que rien ne semble vouloir arrêter.

Dans les deux cas, il y a une inquiétude, certes. Mais personne ne cède à la panique, comme si la présence de Marie venait apporter instantanément une douceur et un réconfort. Et dans cette paix cependant, elle vient faire résonner deux impératifs qui ne souffrent pas la contradiction. Les serviteurs de Cana vont entendre : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Les petits voyants de Pontmain vont déchiffrer dans le ciel : « Priez mes enfants. » Une leçon d’obéissance nous est offerte ce soir auprès de celle qui fait en tout la volonté de Dieu. Faites et priez : pas l’un sans l’autre.

Les enfants de Pontmain liront également l’inscription suivante : « Mon Fils se laisse toucher. » Il est beau de voir, dans un cas comme dans l’autre, que le Seigneur se laisse fléchir, que ce soit à la prière de sa mère ou bien à celle des enfants qui sont les seuls à voir la belle dame dans le ciel de Pontmain. Le Verbe qui se fait l’un de nous se laisse toucher… pour nous toucher en retour, au plus profond de notre humanité.

Un autre point commun entre Cana et Pontmain : Jésus qui manifeste sa gloire. Et il la manifeste par le scandale et le paradoxe de la croix. On pourra m’objecter qu’aucune mention de la passion du Christ et de sa crucifixion n’est faite au moment des Noces. Et pourtant, la Croix est si présente et sont annonce si évidente. Nous la retrouvons dans le vocabulaire utilisé par Jésus : « Femme, que me veux-tu ? » qui rappelle immanquablement le « Femme, voici ton fils » ; « mon heure qui n’est pas encore venue… » et elle viendra pourtant. Ce sera l’heure de la croix et Marie verra s’échapper le sang et l’eau du côté transpercé du Christ. L’eau et le vin. L’eau et le sang. Annonce de la Croix, annonce du saint sacrifice de l’autel. À Pontmain aussi la passion est annoncée : une croix rouge vif avec un crucifié rouge foncé apparaît devant la Vierge dont le visage est empreint d’une tristesse indicible. Et, au sommet de la croix, se trouve une traverse blanche avec, écrit en lettre rouge sang : « Jésus-Christ ». Marie prend la croix à deux mains et la présente aux enfants.

Décidément, frères et sœurs, le « hasard » fait bien les choses. Mais vous l’avez bien compris, toutes ces coïncidences… n’en sont pas.

Ce n’est sans doute pas par hasard que vous êtes entrés dans cette église ce soir.

Ce n’est pas par hasard que nous entendons ce récit des Noces de Cana en ce soir anniversaire des apparitions de Pontmain.

Ce n’est pas un hasard, parce que le message est le même hier, aujourd’hui et toujours : « Faites tout ce qu’il vous dira », « Priez », aimez Marie et elle vous donnera Jésus. Et elle sera là, avec vous, à l’heure de la Croix, comme elle l’a été avec Jésus. Et vous la retrouverez, au ciel, dans la gloire de son Fils, pour trinquer au vin des noces éternelles.

Amen.

 

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