L’Épiphanie du vin nouveau - Fr. Orlando RUEDA ACEVEDO, o.p.

Il y a quelques jours nous célébrions Noël et dans seulement quelques jours nous serons déjà en carême. C’est à propos de cette proximité du mercredi des Cendres que nous avons entendu dire: « Nous n’avons pas encore rangé la crèche et nous avons déjà les cendres sur la tête !!! »

Ce petit espace de temps liturgique entre Noël et le Carême, qu’on appelle « temps ordinaire », nous permet de prêter attention aux échos des épiphanies du Temps de Noël, qui sont les manifestions de Dieu qui se rend visible. En effet, nous avons connu plusieurs épiphanies pendant ce temps que vient de s’achever. La première épiphanie, c’est celle de la nuit de Noël quand l’Enfant-Jésus s’est montré aux bergers qui sont venus lui rendre visite, grâce à l’annonce glorieuse des anges. La deuxième épiphanie a été celle des Rois Mages, appelés –et guidés–, par l’étoile lumineuse qui leur a montré la vraie lumière née de la lumière, le Christ. Une troisième épiphanie nous a été présentée il y a quelques jours pendant le baptême du Christ, quand le ciel s’est ouvert. La Trinité s’est alors manifestée avec douceur dans le miroir des eaux du Jourdain.

Et nous sommes aujourd’hui devant d’une nouvelle épiphanie où les témoins ne sont plus les bergers, ni les mages, ni le Baptiste, mais nous-mêmes, les disciples. Nous sommes invités avec le Christ et Marie, notre Mère, à être des témoins de cette nouvelle manifestation visible de Dieu à travers son Fils Unique. Les noces de Cana sont notre épiphanie à nous !!! Pleine de symboles : le vin nouveau, tout d’abord, les paroles de Marie qui nous invite à faire ce qu’Il nous dira, la réaction du maître du repas absolument touché par la saveur délicieuse de ce vin nouveau, l’obéissance des serviteurs qui, malgré leur incrédulité, n’hésitent pas à remplir les jarres de pierre destinées à la purification, et les jarres elles-mêmes, en pierre dure et imperméable, qui deviennent les calices de l’eau devenue vin nouveau.

Notre épiphanie n’a pas d’étoile ni d’anges qui chantent le Gloria, notre épiphanie, c’est le vin nouveau, le vin de l’Alliance nouvelle et éternelle, versé pour nous et pour la multitude. C’est le Christ lui-même qui se donne en boisson, qui renouvelle l’esprit et la vie, le vin plus précieux qui n’est autre que son sang versé pour la rémission des péchés. Cette coupe du salut qu’il nous donne ici-bas est un avant-goût du banquet céleste. Cependant, nous avons parfois gaspillé le vin de notre vie au commencement de la fête. Comme dans les mariages, tout est bon et doux au commencement, mais après viennent les problèmes, les ennuis, les maladies, et le vin commence s’affadir et à devenir de l’eau. Les désespoirs, les angoisses, la misère, les mauvais sentiments font que le vin de la vie devient de l’eau sans saveur. C’est là, justement là, quand tous les espoirs sont perdus que l’on a besoin d’appeler Celle qui nous écoute comme notre Mère et qui dira à son Fils : « Aide-les car leur vie est devenue de l’eau. »

Et voilà : le Christ écoute sa Mère et transforme notre vie en vin nouveau, le meilleur que l’on garde pour la fin de la fête, le vin du Royaume éternel. Frères et sœurs, aujourd’hui, c’est l’épiphanie pour nous, entre Noël et le Carême, entre l’eau et le vin. Que nous puissions dire avec le maître du repas : « Merci Seigneur de nous avoir gardé le bon vin pour la fin. » Amen.

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