Noël à Loreto

Homélie prêchée dans plusieurs églises de Corse en Casinca (Olmo, Loreto, Penta, Venzolasca et Castellare) pour la fête de Noël 2015


Dites-moi, frères et sœurs, vous souvenez-vous de l’endroit où vous avez passé Noël l’an dernier ? Peut-être était-ce ici, dans votre village.

Moi, je m’en souviens très bien. J’étais à Loreto. Oh, pas à Loreto di Casinca, mais dans un autre Loreto à presque 10.000 kilomètres d’ici. Un autre Loreto, perdu au fin fond du Zimbabwe.
Nous avions quitté Harare, la capitale, le 24 décembre au petit matin, pour une expédition d’un jour. Au fur et à mesure de notre progression sur le chemin, le bitume a disparu et a été remplacé par une piste de boue et de poussière.
Puis nous sommes arrivés à Loreto, une mission au milieu de nulle part. On y trouve une église, quelques bâtiments, une école qui accueille des centaines d’enfants.

Nous étions perdus dans la brousse et trois sœurs allemandes nous ont accueillis. L’une d’elle m’a dit : « Vous savez, frère, quand je suis arrivée ici il y a 30 ans, j’ai pleuré. Et j’ai dit au Seigneur : "Si tu veux que je reste, donne-moi un signe !" Et je suis restée. Pour Lui. Pour les enfants. Il y a bien quelques serpents et nous sommes loin de tout, mais soyez le bienvenu à Loreto. »
Des serpents… nous voilà bien !

Nous avons eu ensuite un fort orage et l’électricité est partie. C’est donc dans le noir que nous avons célébré la messe de Noël. La seule lumière provenait des deux cierges sur l’autel. Ils nous permettaient de voir le prêtre et de deviner le vol de grosses chauves-souris.
La messe a commencé au son des tam-tams. C’était surréaliste.
À la fin de la messe, toujours au son des tam-tams, deux chants ont été entonnés : Douce nuit et Les Anges dans nos campagnes.

Alors, tout-à-coup, je me suis senti à la maison.
Tant pis pour les serpents, les chauves-souris, la fatigue de la piste…
C’était Noël… à Loreto !

Pourquoi vous raconter cela ? Parce qu’à Loreto di Casinca ou à Loreto au fin fond de la brousse, Noël, c’est Noël.
Loreto di Casinca n’a pas grand-chose à voir avec l’autre Loreto… et cependant, c’est bien le même Noël !

Noël, j’en retiendrai 3 éléments. Peut-être les emporterez-vous à la maison, à la fin de cette célébration.
Noël, c’est dans la nuit.
Dieu nous donne un signe.
Et ce signe est pour tout homme et toute femme.

À Bethléem, c’était vraiment la nuit. Il n’y avait pas d’électricité… tout comme au Zimbabwe, d’ailleurs. Nous sommes tellement habitués à appuyer sur un interrupteur que nous oublions ce qu’est vraiment l’obscurité.
Cette nuit où Jésus naît est bien évidemment la nuit que nous connaissons. C’est aussi la nuit de nos cœurs, de nos vies, avec leurs joies et leurs tristesses. À Noël, nous nous réunissons souvent en famille. Peut-être avez-vous remarqué que nous pensons alors plus à ceux qui ne sont pas là qu’à ceux qui sont présents. Nous pensons à ceux qui sont morts, à ceux qui n’ont pas pu ou voulu venir…

Et pourtant, cette nuit n’a pas le dernier mot.
Comme les deux cierges sur l’autel l’an dernier qui repoussaient les ténèbres, il y a une lumière, toute petite et fragile, qui nous est donnée. Hérode et tant d’autres vont essayer de l’éteindre, en vain. Ils vont même s’y brûler les doigts.
Noël, c’est de nuit, certes, mais c’est la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Comme à Bethléem où un signe est donné aux bergers, comme pour la sœur qui avait demandé un signe, le Nouveau-né est le signe d’une humanité renouvelée. Et il vous tend les mains, ce tout-petit.
Et si vous l’emmeniez chez vous, pour qu’il change vraiment votre vie, pour le laisser vous transformer en vrais chrétiens, heureux de l’avoir rencontré et qui l’annoncent au monde ?

La nuit, un signe… pour tout homme. Parce que tout homme a un cœur, plus ou moins fermé, plus ou moins endurci. Il suffit de l’ouvrir un peu pour que Dieu s’y engouffre.
Un signe pour tout homme parce que tous, un jour, nous avons été des enfants, émerveillés devant la crèche. Les politiciens qui veulent interdire les crèches dans les lieux publics ne sont pas seulement des antichrétiens lourdingues, mais ils sont aussi des briseurs de rêves et ça, jamais on ne pourra le tolérer. Parce que tous, nous rêvons de cette paix de Bethléem.

Frères et sœurs, c’est Noël !
Ici à Olmo, Loreto, Penta, Venzolasca ou Castellare.
Là bas à Loreto, au son des tam-tams.
Sous la neige et même sous les palmiers.
Dans les camps de réfugiés en Irak où je me trouvais le mois dernier et partout ailleurs. N'oublions jamais ceux qui ne peuvent pas fêter Noël !

C’est Noël parce que c’est Bethléem qui s’invite dans nos églises, dans nos maisons… dans notre cœur.
Rappelez-vous-en devant la crèche, chez vous et toujours.
Et ça change la vie.
Amen.

 

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