Pauvreté, chasteté et obéissance de la Sainte Famille

Frères et sœurs, en ce dimanche de la Sainte Famille, vous vous attendiez peut-être à ce que je revienne en détail, sur le Synode de la Famille qui s’est dernièrement tenu à Rome ; et qui comme vous le savez a fait couler beaucoup d’encre ! En effet, tout a été dit ! Tout et son contraire ! Et le moindre commentaire, la plus infime prise de position, provenant d’un prélat de notre Sainte Église, a été décortiqué, analysé, et parfois même instrumentalisé à des fins qui, osons le dire, n’étaient pas toujours très catholiques… Pourtant je vous le rappelle, en la matière la prudence est de mise… Et tant que l’exhortation post synodale de notre pape François n’est pas parue, adoptons la bienveillance du disciple ; et même après, quoi qu’il en soit, faisons confiance à l’Église et à l’Esprit Saint qui l’assiste.

Ainsi vous l’aurez compris, fuyant le brouhaha des médias, et toute cette agitation journalistique, je veux avec vous aujourd’hui, revenir au silence de la crèche, et m’intéresser à quelque chose de beaucoup plus humble, et beaucoup plus discret. Je veux bien sûr parler de la Sainte Famille, de Jésus, Marie et Joseph. Une Sainte Famille que l’Église nous donne en modèle, et qui sans faire de bruit, sans tapage, nous parle, et nous ramène à l’essentiel ! En effet, bien au-delà de la simple image d’Épinal, dans laquelle certains voudraient la cantonner, cette petite famille réunie à la crèche, a beaucoup de choses à nous dire, beaucoup de choses à nous enseigner !

Cependant, ne pouvant tout dire en quelques mots, je ne retiendrai que trois points. Trois points essentiels, qui déjà nous disent beaucoup de ce qu’a été la vie de la Sainte Famille ; et qui aujourd’hui peuvent être pour nous, si nous le voulons, de vrais repères pour notre vie chrétienne. Ces trois points, ces trois vertus évangéliques, qu’ont admirablement incarnés Jésus, Marie et Joseph, ce sont bien sûr frères et sœurs, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Ce sont aussi pour nous dominicains, ces trois vœux auxquels nous essayons d’être fidèles tout au long de notre vie religieuse. Mais alors me direz-vous, en quoi cela nous concerne-t-il ? Et d’ici, j’entends déjà les protestations…« Mais frère Jean, ça c’est bon pour vous ! Mais nous, nous ne sommes pas des religieux ! » Oui, c’est exact, vous n’êtes pas des religieux. Et c’est bien pour cela, que je ne vous demande pas de prendre les dominicains en exemple; mais que je vous invite plutôt à imiter les mœurs, et les attitudes de cette humble, et pourtant si extraordinaire famille de Nazareth ! Car comprenez-le bien, si nous sommes tous appelés à la sainteté, soyez-en sûrs, nous sommes également tous appelés et invités, à vivre et à incarner d’une quelconque façon, ce qu’ont vécu Jésus, Marie et Joseph au cours de leur existence terrestre.

Mais rentrons maintenant dans le vif du sujet, et voyons en quoi ces vertus vécues par la Sainte Famille, peuvent être pour nous source de joie et de libération, si nous essayons de les mettre en pratique, aujourd’hui dans nos familles ou ailleurs!

Commençons tout d’abord par la vertu de pauvreté, qui je vous le rappelle d’emblée, n’a rien à voir avec la misère. La pauvreté volontaire, c’est plutôt cette volonté de ne pas faire de la consommation une idole. C’est d’ailleurs exactement, ce que nous explique notre pape François dans sa lettre encyclique Laudato si : « La spiritualité chrétienne dit-il, propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter, pour apprécier ce qui est petit. » Cela frères et sœurs, c’est le début de la contemplation, et c’est vraiment l’esprit de la crèche, l’esprit de Noël ! Mais c’est aussi l’Esprit de Dieu, si opposé à l’esprit du monde ! Alors attention ! Ne pensons pas comme certains adeptes de la théorie de la décroissance, qu’il nous suffit de vivre plus pauvrement, pour qu’automatiquement le monde aille mieux. Certes, cela est nécessaire, mais fatalement, si le cœur de l’homme n’est pas occupé par Dieu, il se précipitera inévitablement vers d’autres faux absolus, qui au final le laisseront amer et déçu. Car ne l’oublions pas, la pauvreté matérielle ne sert pas à grand-chose, si elle n’est pas accompagnée d’une vraie pauvreté de cœur ! Ainsi, ce qui est admirable dans la vie de la Sainte Famille, c’est avant tout, cet abandon confiant et constant à la providence, qui témoigne d’une vraie pauvreté de cœur. Jésus, Marie et Joseph, à la mesure de ce qu’ils étaient, ont en effet tout attendu du Père ! Et c’est pour cela qu’ils sont montés si haut ! Aussi dans nos familles ou ailleurs, privilégions toujours l’essentiel, et rappelons à ceux qui veulent bien l’entendre, que Dieu est notre seul bien, et qu’il nous faut tout attendre de Lui !

Passons maintenant, à la vertu de chasteté, vertu si essentielle, et pourtant si mal comprise ! Mais avant tout, précisons certaines choses ! Si nous tous, célibataires, mariés ou religieux, sommes invités à vivre la chasteté dans nos vies ; nous religieux, de manière plus radicale, sommes appelés à une continence stricte, qui exclut toute activité sexuelle au sens biologique du terme. En revanche, tout couple marié, est invité à vivre la chasteté au travers de ses relations conjugales. Mais alors, qu’est ce que tout cela veut dire ? Et bien cela veut dire tout simplement, que ni l’époux, ni l’épouse, ne doivent prendre l’autre pour un objet de consommation, mais rentrer plutôt dans la grande dynamique du don. Ainsi vous l’aurez compris, la vertu de chasteté dépasse largement le seul cadre de la sexualité, dans lequel certains voudraient pourtant la cantonner, pour la caricaturer. Non frères et sœurs, la chasteté, c’est bien plus que cela ! Et être chaste, c’est en quelque sorte, vouloir le bien de l’autre, au-delà de notre seul intérêt personnel. Ainsi, vous parents, vous êtes chastes, quand vous vous rappelez que vos enfants ne vous appartiennent pas, mais qu’ils appartiennent à Dieu ; et que vous faites alors tout votre possible, pour qu’enfin, ils volent de leurs propres ailes ! La chasteté en effet, c’est précisément le contraire de la captation, qui parfois sans le savoir considère l’autre comme un bien acquis, ou un bien à acquérir. Pour le comprendre, prenons l’exact contraire de la captation, et regardons la Sainte Famille vivre et agir. Voyons ainsi Saint Joseph, qui après l’annonciation a su faire confiance à Dieu, puis à Marie, et qui ne revendiquant aucun droit, s’est fait le protecteur de Jésus et Marie et le père nourricier du Christ. Totalement dépouillé de lui-même, et dévoué aux autres, il s’est fait serviteur de Dieu, pauvre, chaste et obéissant. Voyons également, l’attitude de Marie, qui aujourd’hui dans l’évangile de ce jour, et devant la surprenante réponse de Jésus au temple, n’essaie pas à tout prix de résoudre immédiatement ses questions ; mais respectant le mystère de l’autre, le mystère de la personne de Jésus, garde et médite toutes ces choses dans son cœur… Enfin, regardons Jésus enfant qui, bien que Dieu, était soumis aux hommes, et respectueux de ses parents terrestres. Mais plus encore, regardons Jésus adulte, qui toujours respectant la liberté de l’autre, ne passe jamais en force, mais à chaque fois demande à son interlocuteur : « Veux-tu me suivre? » ou bien, « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Oui frères et sœurs, la chasteté c’est tout cela. Respecter la liberté de l’autre, en respectant le temps de Dieu.

Enfin, penchons-nous maintenant sur la vertu d’obéissance vécue par la Sainte Famille. Nous l’avons vu, Jésus, Marie et Joseph, ont chacun à leur façon, obéi à Dieu. Non pas, par une obéissance servile et craintive ; mais par une obéissance filiale, pleine d’amour et de confiance, à l’égard de Notre Père des cieux. Alors, nous qui parfois, tels les grognards de Napoléon, traînons notre vie en râlant, posons-nous les questions suivantes : « Pourquoi aujourd’hui n’ai-je pas de goût à faire la volonté de Dieu ? Pourquoi ai-je tant de mal à obéir à ses commandements ?» Et bien frères et sœurs, la réponse est certainement dans tout ce que nous venons de dire. Marqué par l’esprit du monde, nous passons à côté de l’essentiel ; et ne voyant pas les nombreuses grâces que nous fait le bon Dieu, nous soupirons et soufflons comme des adolescents blasés ; et comme eux nous disons : « Ouais bof, c’est pas mal… Mais c’est pas ce que je voulais…» Or frères et sœurs, comment louer Dieu et rentrer dans une vraie gratitude, une vraie joie, si nous n’adoptons pas un vrai regard contemplatif sur tout ce qui nous entoure ? Comment enfin accueillir ce que Dieu veut nous donner, sans nous défaire de la voracité de nos appétits déréglés ? Oui frères et sœurs, en ce temps de Noël, revenons au pied de la crèche, et purifions notre regard, pour voir l’essentiel ! Cet essentiel si extraordinaire, et pourtant, si ordinaire et si discret, qu’il en est presque caché…

Aussi, au cours de cette messe demandons au Christ la grâce de la conversion. Alors oui, certainement, comme Jésus, Marie et Joseph, nous deviendrons avec le temps, pauvres, chastes et obéissants. Amen.

L'auteur de cette homélie

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