Les Mages : Repartir vers le monde par un autre chemin, le cœur joyeux

Homélie prêchée lors du Pèlerinage du Rosaire, le samedi 9 octobre 2015, à la messe des Commissaires et des Hôtesses.

Êtes-vous prêts ; prêts à repartir ? Dans quelques heures, vous allez en effet ressembler à ces mages : moins chamarrés qu’on les représente souvent, moins exotiques – au moins pour la plupart d’entre nous. Mais votre cœur sera joyeux, tout comme celui des mages. Du moins, je l’espère pour vous.
Nos journées ont été pleines, variées ; que de visages vus, de célébrations joyeuses, fortes, émouvantes, que de personnes rencontrées et d’instants priants. Les mystères du Seigneur sont devenus plus joyeux encore qu’ils savent l’être, plus denses. Le cœur de la Vierge Marie n’a plus de secret pour vous ; même s’il reste immense et habité par Dieu. Ce cœur nous aura appris comment le nôtre peut accueillir la joie de Dieu, et la transmettre, même par gros temps, même s’il faut parfois aller avec Marie au-delà de certaines éprouves pour que la joie de Dieu puisse devenir la nôtre ou celle de nos amis.

Accueillir la joie est affaire de cœur, mais ce n’est pas toujours un cadeau! Demandez à Marie jusqu’où elle a vécu cet accueil et cette transmission de la joie : jusqu’au Calvaire et la Pentecôte ; car la joie descend du ciel ! Alors on comprend la transformation à laquelle Dieu nous convie.
Nous avons vécu une certaine transfiguration, un changement intérieur. «Lequel d'entre nous n'a pas éprouvé au cours de sa vie comme le sentiment d'un passage de Dieu ? C'est le secret de chacun. Mais ces visites du Seigneur dans notre vie ont-elles été suivies d'effet ?... Peut-être est-ce une grâce de lumière que nous avons reçue ? D'un coup nous avons vu clair.» (P. J. Eyquem)
Cet instant est celui de l’irruption de Dieu. D’un coup, la personne est retournée ; elle est retournée, parce qu’elle est délivrée profondément, en ses entrailles ! La réponse s’accorde alors à la miséricorde du Seigneur. Durant ces quatre jours passés si vite, il s’est réalisé cette grâce : Dieu est venu, nous avons répondu ! La joie a pris sa place, et nous voilà repartant.

Ne sommes-nous pas venus à Lourdes pour renaître ? Ou pour que le Seigneur fasse du neuf avec nos vies fatiguées, souvent encombrées.
Souvent, il nous aura pourtant manqué jusque-là l’occasion. On s’était promis telle démarche, la visite à la tente de l’adoration, tant d’heures passées à la Grotte, et le passage aux piscines que certaines n’ont pu faire ; que de choses ! Le Seigneur voit et pourvoit.
Et puis certains venaient en traînant les pieds, le cœur lourd, plutôt désespérés. Le Seigneur voit et pourvoit, là surtout. C’est ce que put dire Abraham, ayant gravi les pentes du Mont où il allait offrir son Fils Isaac en sacrifice. Nous connaissons des heures comme celle-là où nous ne voyons plus comment reconnaître le Seigneur ; ni comment l’apercevoir ! Et puis le Seigneur passe : Morriya, Dieu pourvoit ; pour d’autres comme Élie, ce fut ainsi le murmure d’un fin silence ; pour Bernadette, une brise, comme un coup de vent sur les bords d’un gave, là où seul les pauvres et Aquero, la Dame, pouvait venir. Ici, le Seigneur vous a offert son passage, sa présence !

C’est aussi pour nous que le passage de Dieu fut jadis ressenti à Bethléem par les Mages. Vous me direz que c’était alors au-delà du passage, une réalité. Dieu en trois kilos et demie, couché dans une mangeoire, dormant. Une réalité inattendue qui avait fait se déplacer des anges, des bergers et une étoile. Or précisément, ces mages venus jadis de l’Orient, ayant bénéficié du passage de Dieu à Bethléem ou de sa présence passagère, nous apprirent non seulement à se déplacer pour le Seigneur depuis chez soi, mais à repartir vers le monde par un autre chemin.
Oui, par un autre chemin. Mais comment fera-t-on, nous qui ferons un voyage retour souvent par la même route et vers un quotidien connu ? En fait, nous nous souviendrons du cœur de Marie, et elle nous livrera cette joie qui ne passe pas : la joie à transmettre comme on l’a reçue, la joie de dire oui à Dieu, sa joie à elle, son Fils, notre Seigneur. Cette joie du cœur, qu’elle soit votre cadeau quotidien, comme un bienfait pour vous, comme une grâce pour vos proches et ceux qui vont grâce à votre joie le devenir bientôt.

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