Emmaüs : la messe sur le chemin de nos vies

Homélie prêchée le soir du dimanche de Pâques 2015, au couvent dominicain du Saint-Sacrement de Nice.


Nous le connaissons bien, frères et sœurs, ce texte des disciples d’Emmaüs. Et l’entendre un soir de Pâques, c’est prendre le chemin avec ceux qui, le soir du premier jour de la semaine, rencontrent Jésus sur la route. Il y a comme une émotion toute particulière qui se dégage du texte.

Vous avouerai-je qu’une phrase me frappe toujours dans ce texte ? C’est ce que Jésus dit aux disciples, avec son franc-parler habituel : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » Ce reproche, je l’entends, nous l’entendons ensemble, ce soir. Finalement, sommes-nous lents à croire, notre esprit est-il sans intelligence, incapable de lire entre les lignes ?

Et si nous entendons ce texte une fois encore, c’est que, pour vaincre cette lenteur à croire, le Seigneur choisit la pédagogie de la répétition. Il sait bien qu’elle est à la base de tout enseignement. Et une fois encore, il veut que nous l’entendions ce récit, pour y trouver quelque chose de nouveau, pour approfondir notre foi, pour éclairer notre esprit.

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, que le texte des disciples d’Emmaüs présente étrangement la structure d’une messe ?

Les disciples sont sortis de chez eux et ils marchent ensemble. Ils ont en tête leurs soucis et leurs peines, leurs espoirs, déçus peut-être. Ils prennent la route le premier jour de la semaine.
C’est ce que nous faisons – du moins je l’espère – chaque dimanche, le premier jour de la semaine : nous prenons la route, avec nos joies et nos peines, avec tout ce que nous sommes. Nous sortons de chez nous et nous ne sommes pas seuls. C’est l’assemblée – en grec ἐκκλησία, qui donnera Église –, qui se rassemble.

Sur le chemin, Jésus va expliquer l’Écriture aux disciples. Il part de l’Ancien Testament, de Moïse et de tous les Prophètes. Et il explique. En d’autres termes, il leur fait une homélie ! Quelle chance ont-ils eu, ces deux disciples, d’avoir une exégèse par le Verbe lui-même !
Nous faisons exactement la même chose : la première partie de notre messe est composée par ce que l’on appelle souvent la Liturgie de la Parole. Habituellement, nous avons un texte de l’Ancien Testament puis un psaume, suivi par un texte du Nouveau Testament. C’est vrai qu’aujourd’hui, à la place de l’Ancien Testament, nous avons eu un passage des Actes des Apôtres, Temps Pascal oblige ! Mais notre première lecture nous rappelait cependant que « c’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage. » Puis il y a une explication, une homélie. Et je suis le premier à regretter que ce ne soit pas Jésus qui nous la livre !

Ensuite, Jésus et les disciples vont partager un repas. Le Christ va prendre le pain, prononcer la bénédiction, le rompre et le leur donner. Comme elle est importante cette mention des repas dans la vie de Jésus ! Et Pierre, dans notre première lecture le rappelle fort bien : nous « avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »
Voilà la seconde grande partie de notre messe ! Nous n’avons pas besoin de grands discours pour comprendre que ce repas d’Emmaüs, c’est l’Eucharistie ! Jésus disparaît aux yeux de chair mais est tellement – véritablement ! – présent sous l’apparence du pain et du vin. Nous entendons si souvent autour de nous : « Je suis croyant, mais pas pratiquant. » Quelle belle expression d’un manque de foi. Si j’étais vraiment croyant, alors, c’est en courant que je viendrais chaque dimanche, recevoir le Corps de mon Seigneur !

Nous l’avons entendu : les disciples ne vont pas rester à Emmaüs. Ils vont se lever et reprendre la route pour Jérusalem. Et ils vont parler, raconter ce qu’ils ont vécu. En quelque sorte, leur expérience les envoie en mission. Ils sont les dépositaires d’un trésor qu’ils ne peuvent garder pour eux. Il faut qu’ils disent. En un mot, ils sont investis d’une mission.
Serait-ce un hasard si les mots mission et messe ont la même racine latine qui signifie envoi ? Ce n’est pas un hasard, bien entendu, d’une part parce que le hasard n’existe pas. D’autre part parce que nous sommes véritablement envoyés. La messe ne s’achève pas dès que nous avons franchi le seuil de cette église. Nous sommes dépositaires d’un trésor et il faut que nous le disions. C’est plus fort que nous. Et les plus âgés d’entre nous se rappelleront qu’à la fin de la messe on disait : Ite missa est. C’était la fin de la messe, peut-être… mais aussi le début de la mission !

Nous l’avons bien compris, frères et sœurs, ce récit des disciples d’Emmaüs n’est pas qu’une histoire du passé. C’est un événement fondateur de notre vie chrétienne. Que faisons-nous, en ce moment même, sinon d’être rassemblés par le Christ ressuscité ? Il nous invite à entendre les Écritures et à prendre part au sacrement de son Corps et de son Sang.

Ne soyons pas des esprits sans intelligence !
Emmaüs, c’est la messe sur le chemin de nos vies.
C’est la messe, chemin de Vie au cœur de nos vies.
Amen, alléluia.

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