Marie, terre d'espérance du divin Jardinier

Frères et sœurs le printemps, c’est la période des semailles ; et pour tous ceux qui aiment jardiner, c’est alors le moment de planter ou de semer les légumes de son choix. Mais, tout bon jardinier qui se respecte, sait qu’il ne suffit pas de jeter négligemment une graine en terre, pour qu’automatiquement celle-ci se mette à pousser… Bien au contraire, le vrai jardinier sait par expérience, qu’un sol mal préparé, compromet très souvent la réussite de l’affaire. Alors, afin d’obtenir le meilleur résultat, le jardinier expérimenté va d’abord préparer son terrain en conséquence ; et il va le faire avec méthode et application.

Il va d’abord labourer sa terre, puis la niveler, l’ameublir, et ainsi obtenir un parfait lit de semence. Viendra alors le temps de l’attente où notre bon jardinier, attendra sagement le meilleur moment pour semer. Ni trop tôt, ni trop tard ! Humant sa terre, scrutant le ciel et ses nuages, il n’interviendra, que quand il sera sûr que toutes les conditions agronomiques et météorologiques, sont enfin réunies. Alors au temps favorable, au moment choisi par lui seul, il déposera en terre la graine de son choix, pensant déjà avec bonheur à la récolte future.

Et bien frères et sœurs, en cette fête de l’Annonciation, nous fêtons ce moment unique, où Dieu au moment favorable, au moment choisi par lui seul, a décidé de visiter son peuple et d’entrer dans notre histoire humaine. Lui, le divin jardinier, avait préparé le terrain et a trouvé en Marie ce jardin clos, cette terre d’espérance qu’annonçaient les prophètes ! Lui, le créateur du ciel et de la terre a voulu que par l’opération du saint Esprit, naisse d’une vierge, le sauveur d’Israël ; l’Emmanuel, Dieu avec nous ! Oui frères et sœurs, la terre a donné son plus beau fruit !

Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ; libérant ainsi l’humanité entière, du péché d’Adam et de la mort éternelle. Mais chose tout aussi extraordinaire, lui le tout puissant, a voulu naitre d’une femme, et a poussé la délicatesse jusqu’à demander à Marie sa créature, si elle acceptait pareil projet.

Certes, nous dit l’Écriture, Dieu se l’était préparée de toute éternité, belle, sans tâche et toute immaculée ; mais cependant il n’a pas forcé sa décision, et en sollicitant le "oui" de Marie par l’entremise de l’ange, Dieu a respecté la liberté de sa créature jusqu’au bout. Alors bien sûr Marie a accepté, mais elle aurait pu dire non… Alors pourquoi a-t-elle dit oui ? Pourquoi Marie, la toute pure, a-t-elle prononcé cette magnifique parole reprise dans la prière de l’angélus : « Voici la servante du seigneur qu’il me soit fait selon ta parole. »

Et bien frères et sœurs, même si ce mystère nous dépasse infiniment, nous pouvons certainement dire que l’acquiescement de la vierge Marie à l’annonce de l’ange, est à mettre au compte de sa foi, de sa disponibilité totale, et de son obéissance aimante aux diverses sollicitations de Dieu. Préservée du péché originel, elle était certes parfaitement ajustée à Dieu et à sa volonté, mais vivait cependant tout cela, dans une certaine obscurité. Aussi quand l’ange la salue comme "la comblée de grâce", il reconnait en elle bien sûr l’immaculée, celle qui a reçue grâce sur grâce de la part de Dieu, mais il entend aussi rendre hommage à son immense foi !

Ainsi quand nous pensons à l’événement de l’Annonciation, il nous faut bien comprendre que, jamais Marie n’aurait pu concevoir notre sauveur dans sa chair, si elle ne l’avait d’abord accueillie dans son cœur par la foi.

Et Saint Augustin dira d’ailleurs: « Marie a conçu son Fils dans la foi avant de le concevoir en sa chair ».

Cette phrase frères et sœurs nous montre que l’Annonciation est bien sûr la fête de la conception de notre Seigneur Jésus en la chair de Marie ; mais qu’elle est aussi la fête de la foi, la fête du "oui" du cœur de Marie, la fête de la mère des croyants! Aussi, comprenons-le, cette fête nous invite à grandir dans la foi, et à cultiver le jardin de notre âme, pour y accueillir avec profit les grâces semées par Dieu.

Tous en effet, d’une certaine façon, durant notre vie, sommes appelés à vivre, plusieurs annonciations successives. Dieu tous les jours frappe à la porte de nos cœurs, et nous demande de lui faire confiance, et de poser avec lui des actes de foi.

Et si souvent, nous sommes paralysés, tétanisés, incapables de répondre positivement à Dieu comme le fait la Vierge Marie, c’est bien sûr parce que nous sommes faibles et pêcheurs et que nous manquons de foi ; mais également aussi, parce que nous nous faisons une fausse idée de Dieu et de son action dans nos vies.

Ne nous y trompons pas frères et sœurs, Dieu connaît notre misère et notre pauvreté et n’a que faire des gros bras et autres super héros. Ce qu’il désire, c’est combler le pauvre de ses richesses et donner de la vraie joie aux cœurs simples et droits. Aussi à ce titre, la vierge Marie est pour nous un véritable exemple. Si elle est comblée de grâce, ce n’est pas par ses propres forces, mais parce que Dieu l’a voulu, et qu’il a trouvé en elle un sommet d’humilité et de foi !

Aussi quand Jésus apparaîtra à sainte Catherine de Sienne, il lui dira : « Fais-toi capacité, je me ferai torrent ». Notre travail frères et sœurs, notre mission essentielle n’est donc pas de s’agiter fébrilement, mais plutôt d’ouvrir large notre cœur, à l’action de l’esprit dans nos vies. Hélas le jardin de notre âme, notre lopin de terre quotidien, est souvent en friche, et parfois complètement abandonné aux herbes folles et aux bêtes des champs.

Alors profitons de ce temps de Carême, pour demander à Jésus, le divin jardinier, d’entreprendre en notre âme, quelques travaux agraires. Demandons-lui ainsi, de défricher et de déraciner en nous les mauvaises habitudes, qui trop souvent nous entravent sur notre chemin de foi. Supplions-le également d’ôter de nos plates bandes, tout caillou et autres grosses pierres qui nous écrasent, et nous empêchent d’espérer, et de grandir dans la joie. Enfin, demandons-lui de protéger le jardin de notre âme des attaques de l’ennemi, afin que par un recours confiant et constant à sa miséricorde, nous puissions par l’intercession de sa mère, aimer comme il aime, et gouter ainsi déjà à la paix des bienheureux.

Alors peut-être… Le cœur et l’âme élargis aux dimensions de Dieu, nous pourrons enfin dire avec Marie: « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ».

L'auteur de cette homélie

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