Je suis CH... - Fr. Thomas de GABORY, o.p.

Cette semaine, le volcan est entré en éruption. Comme un coup de tonnerre, l’explosion s’est fait entendre. L’éruption était prévisible, pourtant tout le monde a été surpris. Les télévisions du monde entier ont suivi l’événement. Le volcan a craché sa haine, sa lave de feu détruisant tout sur son passage, ne laissant qu’un paysage de désolations, des morts, des familles endeuillées. Minute après minute, le monde regardait, analysait, théorisait. L’état de choc est un choc d’État. Comment en est-on arrivé là ?

Il faut condamner cette barbarie, il faut dénoncer cette atteinte à la liberté, cette attaque contre la démocratie. Mais cette éruption sanglante doit aussi nous réveiller. Cette explosion sordide doit nous sortir d’un sommeil irresponsable. Cet attentat abominable doit nous ouvrir les yeux.

Face à ce volcan de la haine, celui qui crache une lave qui brûle, qui fait mal, il y a le volcan de l’amour, le Christ qui vient sauver les hommes par le feu de l’Esprit Saint.

JE SUIS CH...RÉTIEN. J’ai été baptisé dans l’eau.

Le Christ a été baptisé dans les eaux du Jourdain par son cousin, Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes. Il n’avait pourtant pas besoin d’être baptisé, lui qui était déjà Dieu. Mais il voulait inaugurer le sacrement du Baptême, celui qui fait de tous les baptisés des fils de Dieu, des enfants de Dieu, des amis de Dieu.

Le Baptême est donc le plus beau cadeau que des parents puissent faire à leurs enfants, car le Baptême donne la foi.

Être baptisé, ce n’est pas être enrôlé, ce n’est pas obtenir sa carte d’adhérent pour la défense de valeurs ou d’idéologies, ce n’est pas mener la guerre pour imposer des lois. Être baptisé, c’est se mettre en marche, à la suite du Christ, sur un chemin d’amour, de joie et de paix. C’est vivre sa foi, c’est vivre de sa foi, c’est aussi l’annoncer, car on ne garde pas un trésor pour soi, on le partage.

C’est pour cela que, comme chrétien baptisé, je suis triste lorsqu’on caricature mon Dieu, mon Église, mon pape, car ma foi est un trésor. Je me sens méprisé et insulté. L’insulte est une violence. Mais lorsque la seule réponse à l’insulte ou à la moquerie est le meurtre, cela révèle que le cancer est métastasé.

Je suis pour la liberté d’expression, je suis pour la liberté de penser, je suis pour la liberté de rire, mais je suis aussi pour la liberté de religion, et pour le respect de ceux qui croient.

JE SUIS CH...RÉTIEN. J’ai été baptisé dans l’Esprit.

Le jour où le Christ a été baptisé dans les eaux du Jourdain, c’est sa puissance qui vient consacrer les eaux du Baptême. Le Baptême du Seigneur, c’est le feu qui descend dans l’eau du Jourdain, c’est la lave du volcan de l’amour qui vient rejoindre la mer, pour venir purifier les eaux de toute impureté. Depuis ce jour-là, les eaux du Baptême consacrent ceux et celles sur qui elles coulent. L’eau du Baptême purifie, consacre.

Le Baptême est donc le plus beau cadeau que des parents puissent faire à leurs enfants, car le Baptême donne l’Esprit.

Le Baptême, c’est le feu de l’amour tout-puissant qui vient se répandre par pure générosité dans le cœur des hommes. Cet Esprit est figuré par la colombe, symbole de paix par excellence. Depuis le jour du Baptême du Christ, les cieux se sont ouverts, l’Esprit est descendu pour habiter le cœur des hommes. La colombe, c’est la seule qui peut vivre et s’envoler, même lorsque le volcan vomit sa lave, même lorsque le déluge submerge la terre. Les cieux sont restés ouverts, ils ne se
sont pas refermés, pour que tous les hommes puissent accéder au ciel au jour de leur mort.

C’est pour cela que, comme chrétien baptisé, je refuse que l’on considère ma foi comme une question strictement personnelle. La religion ne concerne pas uniquement la sphère privée, mais elle est une affaire publique. Une laïcité mal comprise pense que la religion de chacun doit rester dans le cercle privé. Mais il ne faut pas confondre laïcité et « religiophobie ». La religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine ! L’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière.

JE SUIS CH...RÉTIEN. J’ai été baptisé dans le sang du Christ.

Le Christ n’a jamais fait la guerre, il n’a jamais incité à la haine. L’Évangile nous demande en permanence d’aimer nos ennemis, de tendre la joue. L’Église, depuis des siècles, appelle à la paix, à la réconciliation, au dialogue. Elle a pu faire des erreurs, mais elle a su le reconnaître, et elle est capable de demander pardon. L’Église est sainte, mais ses membres sont tous pécheurs, et ses membres, c’est nous tous. Il nous faut donc prendre notre part de responsabilité, nous qui fermons trop souvent les yeux.

Le Christ a été insulté, méprisé, humilié, bafoué, piétiné, flagellé. Il a été mis à mort. Il n’a jamais rendu un seul coup. Il a même pardonné : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Le Christ a accepté la mort, par amour. Il est mort, par amour pour tous les hommes. L’amour est le fondement de notre foi, l’amour est le centre de nos vies, l’amour est le but de nos chemins.

Le Baptême donne l’Esprit d’amour, et le sacrement de confirmation permet de déployer en plénitude cet Esprit reçu au jour du Baptême, pour laisser cet Esprit Saint vivre et agir en nous. Cet Esprit nous donne d’être des témoins, c’est-à-dire des martyrs (c’est ce que signifie le mot « martyr » en grec, « témoin ») : non pas des martyrs de la liberté, non pas des martyrs suicidaires prêts à sacrifier leur vie pour un soi-disant héroïsme, mais des martyrs par amour, prêts à assumer les coups, à tendre la joue pour rester fidèle à leur Baptême.

C’est pour cela que, comme chrétien baptisé, je refuse que des crimes soient commis au nom de Dieu ou au nom d’une religion. Mais je refuse aussi que des crimes soient commis contre ma religion, contre mon Dieu, contre mes frères d’Orient. Une religion ne doit jamais régner comme un tyran aussi bien sur l’État que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience, en emprisonnant les volontés, en conditionnant les esprits.

Il y a le volcan de la haine, celui qui détruit. Il faut le fuir car sa lave est prête à tuer. Mais il y a le volcan de l’amour, celui qui attire à lui tous les badauds, ceux qui veulent voir. Sa lave, comme un fleuve d’eau vive, doit toucher tous les hommes, pour que règne sur la terre la paix, la justice, la joie et l’amour.

Je suis chrétien. Le volcan de la haine n’est pas encore éteint. Mais le volcan de l’amour ne s’éteindra jamais.

The Baptism of Christ
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