Nous jeter à l’eau avec Dieu et pour Dieu !

Frères et sœurs,

Dans quel état d’esprit sommes-nous entrés dans cette église ce matin?
Avec un brin de nostalgie peut-être : c’est la fin du temps de Noël et il va falloir retrouver le Temps dit Ordinaire. Il va falloir quitter la douce lumière de la crèche et nous avons du mal à nous en détacher.
Peut-être sommes-nous arrivés avec une question à l’esprit, une question aquatique, bien entendu, puisque tous nos textes nous parlent d’eau ou de rivières : « Va-t-il noyer le poisson ? » «S’embarquera-t-il dans un discours fleuve ? » En bref : « Oui ou non, va-t-il se jeter à l’eau et en parler ? »
Peut-être enfin avons-nous la peur au ventre et la tristesse au cœur. Ces dix premiers jours de l’année 2015, mon Dieu… Que de feu, que de sang, que de cris !

Le Seigneur sait l’état d’esprit dans lequel nous sommes entrés dans cette église ce matin. Il le sait car il nous connaît mieux que nous-mêmes. Il connaît notre lassitude, nos peurs et nos joies. Et il nous invite aujourd’hui à demeurer au bord des eaux. Il nous invite à nous y asseoir, à regarder l’eau de la vie s’écouler, à prendre du temps pour lui, pour nous. A réfléchir par nous-mêmes… ce que nous avons peut-être eu un peu de mal à faire cette semaine, avouons-le, submergés par nos émotions, par un tsunami médiatique.

Et, sur le bord de notre Jourdain spirituel, il nous pose trois questions: Qui es-tu ? Où vas-tu ? Que fais-tu ?

Qui es-tu ? Cette question, elle a été posée à Jean le Baptiste. Et, il y répond fort justement d’ailleurs, puisqu’il se met à la juste place, une place toute relative à Dieu. Il ne se contente pas d’une formule, d’un nom… même s’il est repris par tous. Et malheur à celui qui aura l’audace de penser autrement ! C’est ça la liberté d’aujourd’hui, frères et sœurs : nous sommes libres… de penser comme tout le monde.
Qui es-tu ? Tu es chrétien, par ton baptême dans l’Esprit-Saint, configuré à ton Seigneur.

Où vas-tu ? Manifester ? C’est ton choix, respectable. Ne pas manifester ? C’est aussi ton choix, respectable. Une chose est évidente, tu vas où nous allons tous : dans le mur. Nous vivons une page d’histoire sanglante. Seuls les naïfs – il y en a encore, si, si… combien de morts faudra-t-il encore pour qu’ils ouvrent les yeux ? – ont été surpris. Sans être oiseau de mauvais augure, il ne faut pas être grand clerc pour constater que cette page n’est que le début d’une série effroyable qui conduit à un effondrement. Notre société récoltera ce qu’elle sème.
Où vas-tu ? Chrétien, tu vas de la terre jusqu’au ciel, sauvé par le sang de ton Seigneur !

Troisième et dernière question : Que fais-tu ? Oui, là est la grande question : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On se congratule devant cette pseudo-unité nationale retrouvée ? On se rassure en se disant que plus jamais on ne vivra de telles journées ? Non.
Nous allons tout d’abord arrêter d’être naïfs et réapprendre à aimer. Dans la 2ème lecture de ce jour, saint Jean est formel : nous aimons les enfants de Dieu « lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. » La naïveté n’est pas de l’amour. Devant l’horreur, elle est même une bêtise. Nous sommes bien d’accord, l’amour, ça ne se commande pas… mais l’amour nous est commandé, par Dieu lui-même !
Nous allons mettre nos pas dans ceux du Seigneur. A son exemple, nous allons prier, consoler, pardonner… jusqu’à mourir peut-être. Mais si c’est pour lui !...
Que fais-tu ? Chrétien, tu mets tes pas dans ceux de ton Seigneur et tu cours vers la victoire, « car la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. »

Toi qui es entré aujourd’hui dans cette église, Qui es-tu ? Où vas-tu ? Que fais-tu ?
Tu es chrétien, tu vas de la terre jusqu’au ciel et tu cours, à la suite du Seigneur, vers la victoire !

C’est cette réponse que le Seigneur nous souffle à l’oreille en ce dimanche, sur le bord du Jourdain où il nous a fait reposer.
En d’autres termes, il nous demande – nous commande ! – de vivre sérieusement notre baptême. Ce n’est pas si difficile : il suffit de nous jeter à l’eau avec lui et pour lui.
Amen.

The Baptism of Christ
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