La Pentecôte : la voix des commencements

Introduction

Vu les événements qui se sont produits à Jérusalem lors de la dernière fête de Pâques, ce à quoi nous aurions dû nous attendre pour les disciples c’est une sévère déprime. Et même, pour les plus proches, il est à parier qu’ils ne s'en relèveront pas. Pronostic sombre et pourtant lucide. Or, ce n’est pas exactement cela qui s’est passé. Au contraire, une suite d’évènements après la mort du Galiléen vont nous mener jusqu’à ce jour de la Pentecôte. Luc à travers son texte, a cherché à nous retraduire avec son langage un seuil important, dans ce chemin inouïe de Résurrection parcouru par les disciples. Cette étape, c’est ce que nous appelons l’effusion de l’Esprit Saint.


1. L’expérience des disciples

Au départ, il y a une expérience sensorielle que les disciples font alors qu’ils sont ensembles. Expérience à la fois visuelle et auditive. Le grand bruit renvoie au son des trompettes ou du cor dans la Bible. Il signale qu’un événement d’une grande importance se passe.

Jésus a disparu. Il ne se montre plus. Le risque, c’est que l’élan suscité par ses apparitions retombe. Or, les disciples font l’expérience d’une présence qui demeure et même bien plus une présence qui s’impose. Non de manière violente, mais comme une évidence qui s’impose au fur et à mesure qu’on la saisit avec plus de clarté.

Cette présence, Luc nous dit qu’elle est comme le feu. Le feu renvoie au buisson ardent où Moïse a approché YHWH ou encore à la colonne de feu qui guidait le peuple en fuite la nuit à travers le désert. L'évangéliste identifie donc bien cette présence à celle du Dieu unique d'Israël.

Mais le feu renvoie également à un autre indice dans l’Écriture : le cœur tout brûlant des disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ainsi, ce feu n’est autre que celui qui enflammait leur cœur lorsqu’ils virent Jésus après sa passion. En réalité, Celui qui se tient au milieu des disciples rassemblés, c’est le Christ ressuscité, mais pas de manière visible. Il est présent dans le souffle saint, dans cette force qu’il leur envoie. C’est si vrai que l’Évangile que nous avons lu se présente presque comme la scène de la Pentecôte où les langues de feu sont remplacées par Jésus ressuscité : “Il était là au milieu d’eux” nous dit Jean et il répand sur eux son souffle, l’Esprit Saint.


2. Une source unique

La figure du Christ permet à chacun des disciples d'identifier cette présence dans leur cœur. Ils comprennent que la source des expériences mystiques que chacun a pu faire est unique : c'est Jésus Ressuscité.

Or, cela n’était pas évident car jusqu’à présent, les disciples avaient fait des expériences différentes de la présence du Christ. Il suffit de regarder la diversité des récits des apparitions dans les évangiles pour s'en persuader. Si cela n'était pas évident hier, cela ne l'est pas non plus aujourd'hui. Notre époque fait face à de multiples témoignages d'expériences mystiques, à l’intérieur de la communauté chrétienne, mais aussi dans les autres traditions religieuses. Or, aussi diverses soient-elles, ces expériences n’en sont pas pour autant moins authentiques.

Maintenant les disciples sont ensemble et ils comprennent que la source du renversement qui s’opère dans leur cœur est unique. C’est ce que décrit Luc lorsqu’il parle des langues qui se séparent. Si elles se séparent, c’est donc qu’elles étaient auparavant unies venant d’une source unique. Dieu qui est amour et qui s’est révélé en son Fils Jésus-Christ.


3. Un amour qui se dit

La source est unique. Nous le pressentons quand nous songeons que l’Amour est universel. Tout le monde est d'accord sur la beauté, la grâce, l’inouïe d’un homme qui donne sa vie par amour des hommes, y compris ceux qui lui font du mal. Tout le monde peut le comprendre mais qui peut le croire ? Cette question rejoint finalement celle de l’existence de Dieu. Les Écritures, chers frères et sœurs sont là pour nous expliquer cet amour. Mais cela ne suffit pas. Et voilà qu’une réponse se fait entendre dans la foi au Christ qui est donnée comme ce feu qui vient du ciel est donné aux disciples. Il est même la cause de leur retournement. Plus les disciples méditent les Écritures, les paroles et la vie de Jésus, plus ils acquièrent la conviction que Jésus est Seigneur. D'une certaine façon, la Pentecôte est aussi une ascension, l’ascension du Christ dans leur cœur. Et c'est cette ascension même qui réalise le souffle embrasé qui saisit la communauté. C’est ce que nous appelons l’effusion de l’Esprit Saint.

Mais pour cela, les disciples ont médité les Écritures. Le don de l’Esprit Saint est indissociable d’un langage pour exprimer le don, pour le dire. C’est toute la richesse de l’image des langues que Luc utilise. Tous, lorsque nous entendons quelqu’un nous dire Tu es mon sang, tu es ma vie, nous sommes ébranlés. Et pourtant, si nous sommes incapables de comprendre les mots, cela reste du bruit. L’Esprit Saint ne peut venir sans mot pour l’exprimer. Sinon, il reste un bruit aussi retentissant soit-il. Avec une langue, le bruit que les disciples ont entendu au début se fait voix. Et même "cette voix qui se formait" précise le texte. Voix qui s’est fait entendre au Buisson ardent, au Baptême de Jésus ou encore à Paul sur la route de Damas.

Ainsi, dans l’effusion de l’Esprit Saint, un langage nous est donné pour exprimer Celui qui est indicible. Ce langage est immédiatement mis en pratique par Pierre dans ce qu’il convient bien d’appeler la première prédication publique de la résurrection du Christ. Cette prédication, dont nous avons entendu les premières paroles, n'est pas à séparer du mystère de la Pentecôte. Le discours de Pierre est comme la face visible, articulée de l’effusion de l’Esprit Saint. D’ailleurs il le dit lui-même : "habitants de Judée, comprenez ce qui se passe aujourd’hui."


Conclusion

A travers le récit de la Pentecôte, Luc nous raconte le passage où la communauté des disciples a fait l’expérience de la présence du Christ au milieu d’eux. Non pas dans une apparition, mais par une force qui leur a été donnée. Or cette force est liée à un langage qui l’exprime. Sans ce langage, le bruit du monde ne peut devenir cette voix qui crie dans le désert. Sans ce langage le bruit est condamné à rester bruit et l’Amour ne peut se déployer dans nos cœurs. Chers frères et sœurs qui êtes réunis ici pour célébrer l’Eucharistie du Seigneur qui est à chaque fois une pentecôte, il est de notre responsabilité d’annoncer le Christ au monde par nos paroles et par nos gestes. Non, ce jour n’est pas la fin d’un cycle liturgique, mais il est d’abord un commencement. Cette prédication de Pierre qui s’est terminée brutalement dans la première lecture, c’est à nous de la continuer aujourd’hui. Alors, que l’Esprit Saint qui a été donné aux disciples en abondance descende sur nous et nous donne la force d’accomplir notre mission jusqu’à son terme. Amen.

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