La Visitation

Un poème de Marie Noël (1883-1967) paru dans La Revue du Rosaire de mai 2014


La vieille Élisabeth sur sa porte fleurie file,
écoutant des yeux les pas lointains du soir...
Voici par le sentier sa cousine Marie,
celle de Nazareth, qui monte pour la voir.

Voici venir Marie avec sa grand’ nouvelle :
ce qui l’autre semaine en elle est arrivée...
Élisabeth la voit et court au devant d’elle
laissant rouler au vent son fil inachevé.

Dieu sait ce qu’elles ont
toutes les deux ensemble de pressant à se dire !
Et pourtant l’entretien leur manque tout à coup, la joie en elles tremble,
Les mots se sont perdus, elles ne disent rien.

Chacune va cherchant en elle une assurance
avant de confier à l’autre sans délai, tout haut,
cette espérance au-dessus d’espérance.
Est-ce bien vrai ?... Mon Dieu ! si ce n’était pas vrai !

Mais soudain le miracle a bougé dans leur âme, dans leur corps !
Le silence autour a chancelé,
Elle, la jeune fille, elle, la vieille femme, tressaillent :
leurs petits entre eux se sont parlé.

C’est impossible, ô Dieu !
C’est une rêverie... impossible !
Et pourtant plus vrai que tout,
plus vrai que le soleil qu’on voit.
Et le cœur de Marie en a chanté comme un buisson au mois de mai.

Elle part, elle monte, elle a pris sa volée,
Elle monte et sans route arrive au pied de Dieu.
Elle chante, à jamais hors de terre en allée,
Elle chante, perdue au milieu du ciel bleu.

Et ne sachant plus rien, réalité, chimère, mensonge, vérité, raison ou déraison,
sauf que son Dieu peut tout et qu’elle sera mère...

Mais voici Zacharie au seuil de la maison.

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