Marie, la gloire par la croix

Aujourd’hui nous sommes invités par le Roi du ciel, celui qui siège sur le trône dont parle l’Apocalypse. Nous sommes invités, mais nous ne sommes pas les seuls. Il y a une multitude d’invités de toutes nations, peuples, races et langues, une multitude d’anges et d’archanges, la foule de tous les croyants et la foule de tous les martyrs qui portent la croix sur laquelle ils ont donné leur vie.
Nous sommes invités malgré notre insignifiance, malgré le poids de nos péchés pour accueillir avec sainte Élisabeth la sainte Vierge Marie, Notre Dame, qui entre dans la gloire du ciel. Et nous lui disons : Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de tes entrailles est béni ! Heureuse celle qui a cru à la parole du Seigneur.

Alors une voix s’élève dans le ciel. Elle proclame, avec le nom de tous les élus, elle proclame :
Il est vraiment juste et digne qu’aujourd’hui monte au ciel et soit couronnée la sainte Vierge Marie, celle que les hommes, à juste titre, ont appelée Mère de Dieu, car elle l’est.
Il est juste et bon que soit couronnée celle qui n’a pas seulement mis au monde le Verbe de Dieu, mais qui aussi a porté, avec courage et dans la foi, la croix de son fils tout au long de sa vie.
Et l’on énuméra toutes les croix de la vie de Marie, toutes celles qui aujourd’hui lui valent une telle gloire.
À commencer par cette humiliation de se retrouver enceinte, sans être mariée, dans ce petit village où tout se sait. Tout, sauf ce que Dieu veut cacher et sur quoi il faut se taire. Et Dieu n’a pas oublié que Marie a dit oui et qu’elle a gardé le secret.
Ce fut une autre croix pour elle que d’avoir à accoucher dans une étable, au milieu des animaux, pendant un inconfortable voyage, comme une misérable, sans feu ni lieu ! Et d’être obligée de fuir pour protéger l’enfant, comme fuient aujourd’hui nos frères chrétiens sous la pression impitoyable du nouvel Hérode qui veut tuer la vie et les vivants.
Et comme si elle n’avait pas bien reçu le message, comme si elle ne voyait pas clairement quelle serait sa vie, voilà qu’à Jérusalem, au Temple, le prophète Syméon annonce à Marie que son cœur sera broyé, tant elle sera unie à la passion et à la croix de son fils.

De tout cela le Seigneur Dieu se souvient aujourd’hui en donnant à Marie de partager la gloire de son Fils ressuscité.
Il se souvient, il n’a pas oublié, que pendant des années et des années, Marie a gardé dans le silence le secret de la présence de Dieu dans le monde. Elle ne s’en est pas vantée, elle n’en a pas tiré gloire, ni profit. Elle méditait seulement en son cœur sur tout ce qui lui arrivait.
Et en effet, est arrivé ce qui devait arriver : son fils, à l’heure prévue de toute éternité, s’en alla. Il s’en alla où sa mission l’appelait. Et sa mission était d’ouvrir le ciel pour que la lumière chasse les ténèbres, pour que la vérité de Dieu confonde les erreurs et les mensonges du monde.
Mais le monde n’en voulait pas et il eut cette idée, qu’il trouva géniale, qu’en tuant le parleur, il tuerait la parole. Vraiment ils ne savent pas ce qu’ils font ! Ce fut un glaive qui transperça le cœur de Marie.
Mais elle était là, au pied de la croix de son fils.
D’un cœur unanime, ils donnaient leur vie : lui, Dieu, par amour et pour sauver les hommes ; elle, femme et mère, par compassion s’unissant, autant que faire se peut, à la passion de son fils.
C’est de tout cela, de toutes ces croix plantées tout au long de sa vie, que le Père des cieux se souvient aujourd’hui en donnant à Marie de partager la gloire du Ressuscité.

Il était vraiment juste et digne que Marie dont toute la vie n’a été que don de soi en communion avec son fils, reçoive au ciel la récompense promise à ceux qui sont restés fidèles dans l’épreuve.
Alors dans le ciel apparut un signe grandiose : une femme ! Une femme ayant le soleil pour manteau, la lune pour escabeau et sur la tête une couronne de douze étoiles, comme un drapeau.
Il fallait que ce qui avait commencé si modestement, ce qui avait été vécu si cruellement, soit récompensé si glorieusement.
Et nous voilà, nous aussi, associés à cette merveilleuse aventure, nous voilà invités au festin des noces, revêtus de la robe des élus, robe blanche tâchée du sang du martyre, unissant nos voix à celle de Marie pour chanter :
Mon âme exalte le Seigneur ! Exulte mon esprit en Dieu mon sauveur. Il s’est penché sur son humble servante. Saint est son nom.
Oui, vraiment, saint est son nom.
Amen.

L'auteur de cette homélie

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