Annonciation-Évangélisation

Homélie pour la fête de l’Annonciation du Seigneur, le 25 mars 2014, prêchée en l’église du couvent Saint-Lazare de Marseille.


Frères et Sœurs

Depuis les jours de la création du monde, de celle des anges et de celle des hommes, « l’univers visible et invisible », il n’y a pas eu d’événement aussi important dans l’histoire que celui que fêtons aujourd’hui : la venue de Dieu parmi nous. Si l’univers, avec ses innombrables galaxies, nous est incompréhensible par son immensité, la venue parmi nous de son Auteur nous le rend intelligible, car elle nous révèle que c’est par amour qu’il nous a créés et qu’il nous invite à entrer dans son Royaume. Dans l’événement mystérieux de l’Incarnation, le Père, par l’Esprit Saint, nous donne sa Parole « par qui tout a été fait » : Notre Père des Cieux a voulu que son Fils éternel devienne aussi fils de Marie, « Fils de l’homme » notre frère en humanité. Envoyé par Dieu auprès de Marie à Nazareth, l’ange Gabriel fut l’annonciateur et le témoin de cette extraordinaire initiative divine. En accueillant « Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie » ; Marie a ouvert le chemin de la Vie éternelle pour l’humanité.

Car notre nature humaine avait été, blessée, saccagée par les œuvres du démon qui, après avoir usurpé le titre de « Prince de monde », lui le «prince de la mort», il cherchait à faire notre malheur en nous détournant de Dieu. C’est par la voie d’une Rédemption douloureuse, que Jésus nous conduira jusqu’à sa victoire, lui « le Prince de la vie », et jusqu’à ce que l’on chante avec lui: « Ô mort où est ta victoire ? »

Cette vie éternelle nous la recevons lors de notre baptême, mais les misères de notre condition actuelle, les terribles souffrances des hommes en tant de pays, les guerres, les maladies et la mort ne sont pas supprimées pour autant. Nous sommes entrés avec Notre Sauveur, non pas dans un nouveau Paradis terrestre, mais dans le temps d’une Rédemption acquise par ses souffrances et par sa Croix.

Le premier instant de la création de l’univers, où, d’un noyau primitif procéda le développement gigantesque du cosmos dans lequel nous sommes immergés, peut illustrer pour nous ce premier instant de l’Incarnation en Marie « comblée de grâces » ; instant qui marqua le début de la diffusion des grâces de salut apportées par Jésus pour le monde entier ; en lui était déposé, comme en son germe, le salut de toute l’humanité, pour « tous les peuples langues et nations ».

Il y a dans la grande ville égyptienne d’Alexandrie, une église byzantine qui porte un magnifique nom grec, et ceci nous rappelle d’une part les origines grecques du christianisme dans ce pays, et cela nous invite à approfondir le mystère que nous fêtons aujourd’hui. Le nom grec de cette église c’est : « Euvanguélismos ». Alors, même si on n’a pas beaucoup étudié la langue grecque on peut deviner facilement que ce mot signifie en français : « ÉVANGÉLISATION». On peut donc admirer tout d’abord le nom de cette église : « Euvanguélismos-évangélisation », surtout à notre époque de réflexion missionnaire où nous pensons sans cesse à la « Nouvelle Évangélisation ». Mais après avoir admiré le nom de cette église, une belle surprise attend ceux qui y pénètrent. En franchissant, un jour, l’entrée de cette église, je me suis trouvé en face de l’icône byzantine de l’« Annonciation » : l’ange Gabriel annonçant à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. Et puis, en lisant le nom grec de l’icône, j’ai découvert qu’elle s’appelait aussi « Euvanguélismos », comme l’église, c’était une découverte. Le mot grec « euvanguélismos » signifiait donc : « ANNONCIATION ». L’Annonciation avait donc été pour Marie le jour de son « évangélisation », le jour où elle avait reçu l’« ÉVANGILE », ce mot grec qui signifie « BONNE NOUVELLE » et cette bonne nouvelle lui était adressée. En annonçant à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur, l’ange lui apportait la plus importante des nouvelles : Jésus était « l’Évangile en personne », et l’accueillir c’était donc pour elle « être évangélisée ». L’« Evangélisation » qui est donc une « Annonciation » sera pour l’Église, la continuation de l’ « Évangélisation » de Marie et le Verbe de Dieu qui s’est fait chair en Marie doit aussi habiter en nous.

Évangéliser ce sera donc annoncer à quelqu’un : « Le Seigneur est avec toi », le saluer comme Marie a été saluée par l’ange, soit avec l’Ave Maria latin, le Kairé kékaritoméné grec, ou le Shlâma lék Mariam araméen ; c’est lui dire « le Royaume de Dieu est proche de toi », et, que « Dieu a tant aime le monde qu’il a donné son propre fils non pas pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui ».

Quel furent les lendemains de l’Annonciation dans le couple très saint de Marie et Joseph ? Marie une fois remise de sa propre surprise désira en parler à Joseph, mais il fallait pour cela le signe de la conception ; c’est alors que saint Joseph entrera à son tour dans le mystère de l’Incarnation. Marie savait de qui venait son enfant : « Voici que tu vas concevoir un fils, tu lui donneras le nom de Jésus ». Joseph après son projet de répudier Marie entra dans la confiance : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ». Marie et Joseph furent les premiers témoins, à vivre la révélation du mystère de la Sainte Trinité, mystère qu’ils pouvaient expérimenter quasi physiquement, en voyant Jésus grandir et vivre avec eux. Marie et Joseph vivaient intensément la Profession de foi : « Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel : Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme ». Ils pouvaient témoigner avec l’apôtre Jean : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s’est manifestée ».

Chaque 1er janvier, l’octave de Noël, la liturgie célèbre Marie Théotocos «Mère de Dieu», qui est son titre depuis son « évangélisation » à Nazareth. Quant à la date fixée par la liturgie pour célébrer la l’Annonciation, elle est porteuse de toute une catéchèse.

Le Docteur Jérôme Lejeune de passage au Caire était venu un jour consulter à la bibliothèque des Dominicains les écrits des Pères de l’Église concernant cette fête, située neuf mois, jours pour jours, avant le 25 décembre, jour de la Nativité. Le Docteur Lejeune trouvait dans la tradition liturgique de l’Église, la confirmation par d’une vérité scientifique selon laquelle tout est donné à un être humain au premier instant de sa conception.

Si dans la famille dominicaine la prière du Rosaire a une place de choix c’est qu’elle correspond bien à la vocation des Frères Prêcheurs d’être les messagers de cette « Annonciation » qui est une perpétuelle «Évangélisation». Dans notre monde si cruellement soumis encore aux forces du mal, où, en tant des lieux sévissent des guerres, des violences et des injustices, nous percevons aussi la présence en l’Église, comme elles furent en Marie de ces sources d’Eau vive qui vont régénérer le monde.

Que la prière de « l’Angélus » qui est quotidiennement une petite célébration l’Annonciation ne cesse de rythmer nos journées et d’aviver notre foi en la présence de Celui qui « a pris chair de la Vierge Marie ».

Amen.

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