Avec Marie, dans le temple

Homélie prêchée en l’église Saint-François-de-Paule de Nice, le 2 février 2014, pour la fête de la Présentation du Seigneur.


Frères et sœurs, nous fêtons aujourd’hui la Présentation de Jésus. C’est une fête de lumière, de pureté. C’est l’entrée du Seigneur dans son Temple, annoncée par le prophète Malachie.

Le prophète annonce une joie pour les cœurs qui cherchent Dieu, une joie pour les hommes et les femmes de désir : le Seigneur vient ! Et cette rencontre avec notre Seigneur, si elle est vécue en vérité, risque d’être décapante : il va en effet siéger comme un fondeur et un nettoyeur. Puissions-nous l’accueillir afin qu’il purifie notre corps et notre âme, même s’il faudra sans doute nous remettre sérieusement en question !

La fête de la Présentation a toujours été célébrée avec une attention spéciale. Même des traditions culinaires (celles des crêpes et des beignets) se sont développées autour d’elle ! Aujourd’hui encore, des processions avec des cierges sont organisées dans les églises pour symboliser cette entrée de la lumière des nations dans le Temple. Dans certaines communautés contemplatives, c’est l’occasion pour les fidèles d’entrer dans une partie de la clôture ! C’était le cas par exemple chez mes voisines cisterciennes, en Anjou. Le 2 février permettait à la procession aux flambeaux d’entrer dans le cloître ! Une occasion inespérée de voir ce que cachent ces grands murs !

Car les grands murs cachent évidemment quelque chose. Ne le saviez-vous pas ? L’Église est une société secrète ; depuis des siècles elle possède la clef des mystères et elle a tout intérêt à en garder la porte soigneusement fermée. Un de mes amis, qui côtoie pourtant la communauté des frères, m’a dit lorsque je suis entré dans l’Ordre : « Ah, tu vas apprendre des secrets ! » J’attends toujours… Nos contemporains cherchent (et font !) des mystères. Nous, nous cherchons LE mystère.

Dans le texte d’évangile que nous venons d’entendre, nous sommes transportés dans le temple de Jérusalem. Suivons ce couple si attachant qui vient présenter son enfant ! Entrons dans le Temple du Seigneur et écoutons ce qui est dit de Jésus.

Si l’on participe à la célébration de la Présentation uniquement pour satisfaire sa curiosité de voir « ce qu’il y a à l’intérieur » d’un bâtiment conventuel, on risque d’être un peu déçu. Parce qu’en fait, il n’y a rien à voir. Il n’y a rien à voir, mais il y a tout à vivre et la profondeur de l’existence ne se voit pas.

Ce n’est pas un hasard si depuis quelques années, la fête de la Présentation est devenue la Journée de la vie consacrée. Le pape Jean-Paul II a saisi l’occasion de cette journée pour rappeler la spécificité et la beauté de la vie religieuse. Cette journée est l’occasion pour chacun des consacrés de revenir dans le Temple du Seigneur, de rendre grâces comme le vieillard Syméon qui accueille l’Enfant.

L’icône de Marie qui offre, dans le Temple, son Fils à Dieu, parle au cœur des hommes et des femmes qui ont fait un don total d’eux-mêmes au Seigneur. Ce thème de l’offrande spirituelle ne concerne pas uniquement les consacrés mais tout chrétien appelé à recevoir le Seigneur pour le donner au monde.

Marie et Syméon prennent l’un et l’autre l’Enfant dans leurs bras. Ils deviennent candélabres de la Lumière du monde. Nous aussi, nous sommes invités à devenir un candélabre pour révéler au monde le Fils ! Le candélabre n’est rien, il est juste un élément qui permet la diffusion de la lumière pour le plus grand nombre.

Et c’est Marie qui nous guide sur ce chemin !

La Vierge Marie est obéissante

Comme toute fille du peuple d’Israël, Marie se soumet à la loi de Moïse. Elle, la toute pure, consent au rite de purification d’une jeune mère. Elle nous montre la beauté de cette obéissance, libre et humble. C’est l’obéissance que les religieux promettent à Dieu.

La Vierge Marie est pauvre

L’évangile nous dit que l’offrande de Marie et Joseph au Temple, deux colombes, était celle qui était demandée aux pauvres. Marie n’a cependant pas vécu dans la misère. Cet idéal de pauvreté nous montre la différence fondamentale qui existe entre la pauvreté subie et la pauvreté choisie. Ressembler au Christ pauvre, c’est se détacher des biens matériels qui emprisonnent tôt ou tard le cœur.

La Vierge Marie est chaste

Rien d’impur en Marie ne fait écran à l’éclat de la lumière divine. Marie est comme un cristal qui laisse transparaître la clarté de son Fils.

La chasteté que s’engagent à vivre les consacrés est du même ordre. Il s’agit de laisser toute la place à Dieu pour qu’il transfigure notre vie affective. Là encore, elle ne concerne pas exclusivement les religieux. Tous, nous sommes appelés à la vivre, dans le respect de soi et le respect de l’autre. La pureté est belle et, dans notre société, elle fait presque peur. Elle semble être un idéal suranné. Et pourtant, Jésus promet la vision de Dieu à ceux qui ont un cœur pur !

Obéissance, pauvreté et chasteté : les trois conseils évangéliques que professent les religieux ! Ces trois vœux qui veulent dire ce souhait que leur cœur batte à l’unisson de celui de leur Seigneur. Car la vie religieuse, frères et sœurs, c’est comme toute vie chrétienne, une histoire de cœur.

Et nous avons tous un cœur. Plus ou moins endormi, un peu sec parfois, mais un cœur tout de même qui souffre, s’emballer un peu sans doute. Un cœur qui ne sera pleinement ce qu’il est que s’il bat à l’unisson de celui de Dieu, ce cœur qui a tant aimé le monde !

Notre vie chrétienne, c’est une histoire de cœur, de cœur qui doit chercher à être toujours plus semblable à celui du Christ, brûlant d’amour, et à celui de sa sainte Mère, immaculé. C’est ce qu’exprime le père Louis de Grandmaison dans la prière qu’il adresse à la Vierge Marie. Cette prière sera la nôtre, pour que la Présentation du Seigneur soit aussi la nôtre.

« Sainte Marie, Mère de Dieu,
Gardez-moi un cœur d’enfant,
Pur et transparent comme une source.
Obtenez-moi un cœur simple,
Qui ne savoure pas les tristesses
Un cœur magnifique à se donner,
Tendre à la compassion,
Un cœur fidèle et généreux,
Qui n’oublie aucun bien
et ne tienne rancune d’aucun mal.
Faites-moi un cœur doux et humble
Aimant sans demander de retour,
Joyeux de s’effacer dans un autre cœur
devant votre divin Fils,
Un cœur grand et indomptable
qu'aucune ingratitude ne ferme,
qu’aucune indifférence ne lasse,
Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ
blessé de son amour
et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel. »

Amen.

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