Lumière sans projecteurs !

La semaine dernière, le Christ a triomphé des tentations du Démon, aujourd’hui il manifeste la gloire de son être sous la nuée lumineuse.

Dimanche passé, Jésus-Christ a déjoué les manigances du Diable, aujourd’hui il montre le rejaillissement de sa divinité sur son humanité.

Il y a une semaine, le Seigneur a rejeté le complot de l’Adversaire du genre humain, aujourd’hui il dévoile la beauté lumineuse de son corps transfiguré.

Dimanche dernier, Jésus a contrecarré les attraits trompeurs du Prince de ce monde, aujourd’hui il découvre la grandeur à venir de la transfiguration de l’Église.

Hier donc, le Seigneur Jésus a vaincu le Père du mensonge, l’homicide des origines, aujourd’hui il exhibe les traits de son visage divin et déifié, anticipation de sa victoire éternelle.

Au premier dimanche de carême, Jésus nous entraînait au combat spirituel, aujourd’hui il nous attire sous la nuée lumineuse. Pourquoi donc ? Il faut répondre à quelques questions avant de résoudre cette interrogation qui nous concerne tous directement.

1/ D’abord que se passe-t-il au juste ? Quelque chose de grandiose : « Toute la Trinité apparaît avec le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée » (Thomas d’Aquin). La liturgie byzantine chante cette merveilleuse fulgurance de l’Esprit sur le Christ : « Tu t’es transfiguré sur la montagne, et autant qu’ils en étaient capables tes disciples ont contemplé ta gloire, Christ Dieu, afin que lorsqu’ils te verraient crucifié, ils comprennent que ta Passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que tu es vraiment le rayonnement du Père !»

2/ Que font Moïse et Élie en plus dans cette nuée lumineuse ? Jésus réalise les prophéties, il est le nouveau prophète attendu depuis Moïse et le dépasse : « Je leur susciterai, du milieu de leurs frères, un prophète semblable à toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai »[fn]Dt 18, 18[/fn]. Moïse avec Élie entourent l’homme Jésus au centre et comme au sommet, ils lui sont égaux par l’humanité glorifiée, et ils lui sont inférieurs de par la divinité du Christ qui les dépasse totalement. Ils attestent la continuité de l’œuvre de Dieu et de l’attente des hommes car « l’espérance sait attendre » (Grégoire de Nazianze).

3/ Que fait alors au centre le Christ ? Sur la montagne de la Transfiguration le Christ s’entretient à travers la nuée lumineuse de son Exode, c’est-à-dire de son départ, de sa mort à Jérusalem selon l’évangile de saint Luc[fn]cf. Lc 9, 31[/fn] car sa chair reste passible. Il donne aux trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, une leçon particulière, celle d’un gage pour affronter l’épreuve de sa Croix et la leur : « car il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le Royaume de Dieu »[fn]Ac 14, 22[/fn].

4/ Comment réagissent les apôtres dans ce tableau qui associent cinq personnages à Jésus ? Alors que les apôtres sont accablés de sommeil, Pierre est saisi par la « la charité de la vérité », c’est-à-dire par l’attrait de la vision, il réclame la « sainte oisiveté » de la contemplation. Jésus lui indique la « nécessité de la vérité » d’où résulte la « juste activité » apostolique, ce qu’enseigne saint Augustin[fn]Civ. Dei, 19[/fn]. Le même écrit : « Cela Pierre ne l’avait pas compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne. Il t’a réservé cela Pierre après la mort. Mais maintenant il dit lui-même : “ Descends pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre ”. La vie descend pour se faire tuer ; le Pain descend pour avoir faim ; la Voie descend pour se fatiguer en chemin ; la Source descend pour avoir soif ; et tu refuses de peiner, tu refuses de mourir ? »[fn]Sermon, 78[/fn]. Il conviendrait de prolonger cette admirable méditation : « la Vie descend pour mourir sur la Croix ; le Verbe descend pour se taire au tombeau ; l’Éternel rentre dans le temps pour connaître le dernier instant de la vie terrestre ; l’alpha descend pour pouvoir ouvrir l’oméga des portes de la Résurrection ». Le carême apparaît donc comme le début d’une descente vers une remontée lumineuse !

5/ Et nous, que faisons-nous aujourd’hui sous la nuée lumineuse ? Ne serait-ce pas l’affermissement en nous de plusieurs certitudes. D’abord, la chair, notre corps mortel, n’a qu’une histoire. Et puis, après l’effort du combat, il y aura la réalisation de la promesse de la consolation définitive ! Nous engrangeons donc aujourd’hui des provisions de force et d’espérance ! C’est donc une leçon de courage et d’espoir qui est donnée à chacun de nous. « Les hommes ne meurent qu’une fois » dit l’Écriture[fn]He 9, 27[/fn]. « Il n’y a pas de réincarnation après la mort » affirme l’Église[fn]CEC, n. 1013[/fn]. Il n’y a pas une pseudo deuxième ou énième chance après la mort. Cette croyance contemporaine largement diffusée n’est qu’un leurre alors que le choix définitif se joue dès maintenant. La réincarnation ne constitue pas une doctrine pour gens éclairés, c’est un nouvel opium de foule. « Chaque instant à vivre est un vrai trésor » disait saint Jean Bosco, et l’instant de la transfiguration le révèle en soulevant un moment le voile qui cache la réalité véritable et définitive. Tout comme la transfiguration est unique, le Christ ne meurt qu’une fois pour nous faire participer si possible à notre tour à sa gloire à travers le jugement : comme « les hommes ne meurent qu’une fois, après quoi il y a un jugement, ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois - hors du péché - à ceux qui l’attendent, pour leur donner le salut »[fn]He 9, 27-28[/fn]. Purifions nos cœurs pour mieux croire que la transfiguration du Christ opère la manifestation que Dieu aime non seulement nos âmes mais nos corps jusqu’à nos os et « qu’il transfigurera nos pauvres corps mortels à l’image de son corps glorieux »[fn]Ph 3, 21[/fn].

6/ Le Christ ne nous invite pas, sauf exception, à rentrer dans une extase lumineuse, mais à être lumière par nos actes : « Aussi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux »[fn]Mt 5, 16[/fn]. À l’instar de la couleur blanche qui ressort de la composition des sept couleurs de l’arc-en-ciel, notre lumière de transfiguré doit se composer de : primo la lumière de la foi pour vivre sous le regard de Dieu, Père Fils et Saint-Esprit, manifesté sur le mont de la Transfiguration ; secundo de la lumière de la sagesse pour être fils du Royaume qui vient et déjà présent en son Église ; tertio de la lumière de l’espérance pour avancer dans la certitude que Dieu nous donne déjà sa grâce pour toute œuvre bonne et nous donnera un jour sa gloire future ; quarto de la lumière de la justice pour rendre à chacun, et en particulier à Dieu par la prière, ce qui lui revient ; quinto de la lumière de la force de la Toute-Puissance divine pour croire avec saint Paul que nous pouvons « tout en celui qui nous rend fort » [fn]cf. Ph 4, 13[/fn] ; sexto de la lumière de la chasteté pour que toute chose soit à sa place et pour que nous regardions le transfiguré sans honte [fn]cf. Mt 5, 8[/fn] ; septimo de la lumière de la charité qui couvre une multitude de fautes [fn]1P 4, 8 ; Jc 5, 20[/fn] et surtout qui nous fait aimer Dieu plus que tout, notre prochain comme nous-même, nos ennemis presque comme s’ils ne l’étaient pas.
« L’unique cours de notre vie terrestre »[fn]LG, n. 48[/fn] m’invite donc aujourd’hui à espérer avec plus de force. Jésus sous la nuée lumineuse m’aide à croire que « si l’orgueil exalte, l’espérance allège » (Grégoire de Nazianze). En réalité, la prière rend léger et le jeûne associé à la prière soulage le corps alourdi par le trop plein d’aliment et tant de choses éphémères et inutiles. Enfin, la charité active délestera peut-être mon portefeuille si j’accepte l’enseignement de ce jour. « C’est en espérance que nous chantons, et c’est déjà si bon l’espérance, que sera la réalité ? »[fn]Augustin, Sermon 255[/fn]. Amen !

L'auteur de cette homélie

Category:
French