La Sainte Famille ? Une prophétie de la Trinité ! - Fr. Gilles DANROC, o.p.


Bas-Reliefs sur la vie de Jésus-Christ et de Charles de Foucauld
réalisés par Soeur Mercédes OSB - Abbaye Notre Dame des Neiges

Ouverture

Venez, adorons l'enfant-Dieu.
Toute cette semaine de Noël, c'est Noël, et ce dimanche de la semaine de Noël est celui de la Sainte Famille.
Venez discerner qui est Jésus, pour l'aimer et devenir son ami. Faisons de la place en nous, pour faire de notre cœur une crèche où descend la lumière.

Dieu s'est fait homme
pour que l'homme devienne Dieu

Déployons tout le mystère de Noël. Nous savons le premier versant : Dieu s'est fait homme. Oui la Noël c'est la naissance de l'enfant-Dieu, le fils du Très-Haut, le sauveur du monde, né de Marie.
Mais connaissez-vous l'autre versant du mystère ?
Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu.

Noël nous apporte une double révélation : la première nous oriente vers le vrai Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. « Il a envoyé son Fils unique non pour condamner le monde mais pour le sauver » (Jn 3, 14-16). Oui Dieu se révèle dans la faiblesse d'un nouveau-né de cinquante centimètres. Aucune religion, aucune école de pensée n'a pu imaginer un tel Dieu qui vient à nous sans défense, le plus simplement du monde dans une famille qui l'accueille.
Révélation de Dieu et don de la foi qui permet à chacun de reconnaître Jésus comme le Verbe fait chair et d'entrer ainsi en Trinité.

Mais aussi seconde Révélation : qui est l'homme en vérité ?
Si Dieu s'est fait homme, alors Dieu sait qui est l'homme, son enfant bien aimé, placé au sommet de la création : « Homme, femme Il les créa » (Gn 1, 26). Noël est une immense fête qui nous fait découvrir dans l'humanité de Jésus le projet de Dieu sur l'homme. Et la nuit de Noël appelle la nuit de Pâques où Jésus soumis à la mort par les hommes, est ressuscité d'entre les morts pour que nous puissions ressusciter avec Lui et « entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 21).

Voici le mystère de Noël déployé entièrement devant nous : Dieu désire l'humanité au point qu'Il devient l'un de nous, Jésus notre frère, né de Marie. L'humanité s'est faite pour Dieu, pour vivre avec Dieu l'Emmanuel, Dieu avec nous.

Souffrir sans – Souffrir avec

L’Évangile de ce jour – épilogue de l’Évangile de l'enfance (Lc 1 et 2) – nous conduit au centre de ce mystère de Noël, incarnation de Dieu et salut de l'humanité.
La Torah demande que les jeunes garçons, dès l'âge de 12 ans, montent à Jérusalem avec leurs parents trois fois par an. Pour la Pâques Joseph et Marie observent cette recommandation et, après l'avoir perdu, le troisième jour, ils retrouvent Jésus.
N'est-ce pas là une prophétie de la Pâques de Jésus ressuscité le troisième jour ?
Le Verbe fait chair à Noël trouve sa plénitude de vérité dans la Pâques. Selon Dieu l'homme est fait pour ressusciter.
Marie qui, la première, a reçu la Parole de l'Ange, prend la parole en premier : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton Père et moi étions au supplice en te cherchant ».

Etre au suppliceodunao en grec – est un verbe très fort, utilisé outre ce passage, deux fois seulement dans les Évangiles. De plus, ces deux fois sont dans le même passage de la parabole du mauvais riche et de Lazare (Lc 16, 23 et 24)[fn]On trouvera une très fine analyse de ce texte dans Daniel Marguerat et Marie Balmary : « Nous irons tous au paradis » 2012. pp 236-237s[/fn]. Or ce mauvais riche se trouve au supplice devant le vide infranchissable entre Abraham et Lazare d'une part, et lui d'autre part. Il supplie Abraham d'envoyer Lazare tremper son doigt dans l'eau fraiche pour le désaltérer dans son supplice. Le supplice sera le point de départ des effrayantes descriptions de l'enfer.

Ainsi Marie et Joseph sont au supplice dès qu'ils perdent Jésus. Or, parce qu'il est dans le temple de Jérusalem, « chez son Père », Jésus est perdu pour eux. Il affirme, lui-même, qu'il est de la demeure du Père, qu'Il est Dieu, né de Dieu ». Là, et là seulement, Marie peut retrouver Jésus en vérité, à la fois son fils selon la chair dont elle a avec Joseph la responsabilité et à la fois le Fils du Très Haut Sauveur du monde, annoncé par l'Ange à Marie (Luc) et à Joseph (Matthieu).

Deux fortes souffrances ont frappé Marie comme un glaive :

la première dans notre passage est le supplice, l'angoisse sans Jésus, quand Il n'est pas reconnu comme « envoyé du Père ». Il semble qu'il y a une distance une distance infranchissable entre le Père et Marie. Et donc Jésus son enfant est celui qui comble la distance et fait de « chez son Père » notre chez nous.
« Et elle garde toutes ces choses dans son cœur ».

la seconde souffrance de Marie, est exprimée tout autrement au pied de la croix : elle est debout avec son fils, « élevé de terre ». Souffrance féconde comme un enfantement où elle reçoit « chez elle » le disciple que Jésus aimait (Jn 19, 27).

Dès lors Jésus peut vivre à Nazareth, chez Joseph et Marie, dans sa maison, où il est reconnu. Il se tient sous la responsabilité de ses parents pour grandir – comme nous ne cessons de le faire ! – en taille (corps), en sagesse (esprit) et en grâce (cœur).

Être vidé de soi pour être rempli d'amour

Alors peut-on parler véritablement de famille et de Sainte Famille, y compris dans le contexte d'aujourd'hui ?

Drôle de famille en vérité qui n'est en rien un modèle de la famille idéale : la mère est vierge, le père est putatif et le fiston passe son doctorat de théologie à 12 ans. En plus il a fugué chez son Père dans le Temple !

Dans un premier temps, et pour aujourd'hui, reconnaissons que Dieu s'est fait homme dans une famille toute simple de la terre. Marie et Joseph sont mariés. Maire est donc promise, avec bonheur, à avoir des enfants. Avant de mener une vie commune, dernière phase du mariage, elle conçoit, du Saint Esprit, « chez elle », le fils du Très-Haut.
Et Joseph accepte de laisser Dieu le guider pour son avenir.
Jésus né à la Noël est donc bien un homme tel que nous, « né d'une femme, sujet de la loi » (Gal 4, 4). Il est reconnu et guidé par Joseph qui lui donne un nom et une place dans la société pour qu'il puisse réaliser sa mission de « Sauveur du monde ». Jésus a « droit » à son origine humaine, qui s'origine elle-même « chez son Père », comme tout homme venant en ce monde.
Mais tout ici concourt à nous ouvrir à notre vocation fondamentale : devenir Dieu !

Marie a été comme dépossédée de son avenir de mère de famille nombreuse pour méditer dans son cœur que son enfant vient de « chez son Père et notre Père ». Jésus est l'unique médiateur entre Dieu et les Hommes. Par son oui, Marie se vide d'elle-même pour accueillir pleinement l'Amour de Dieu.

Joseph reçoit lui aussi l'annonce de l'Ange. En acceptant Marie chez lui, « enceinte d'un autre », il est dépossédé de son avenir et de son égo de mâle et jaloux. Par là il devient le guide sûr et effacé de son foyer, pour que, non pas sa volonté, mais la volonté de Dieu soit faite pour le salut du monde.

Jésus lui-même accepte sa mission « d'envoyé du Père » pour guérir et sauver les hommes. « Car le Verbe ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, il s'anéantit Lui-même... devenant semblable aux hommes » (Ph 2, 6-7). La violence des hommes le dépouillera de sa vie en pleine force de l'âge.

Tous les trois acceptent la vie et la grâce en étant dépossédés de ce qui pourrait faire obstacle à la grâce s'ils le retenaient pour eux. Dès lors la vie de cette famille devient grâce d'accueil total et de circulation libre de l'Amour de Dieu.

La Saint Famille prophétise la Sainte Trinité où le Fils se reçoit du Père pour souffler avec Lui l'Esprit Saint, éternelle circulation d'Amour, qui est notre vrai « chez nous »

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