Le secret de l’être

Homélie prêchée à Nuremberg, pour la Pentecôte, le 11 mai 2008.

A l’entrée de la maison où se déroule notre rencontre, une statue a retenu l’attention de plusieurs d’entre nous. Elle représente deux pièces de métal qui s’emboîtent et évoquent le principe qui met une machine en mouvement. Le titre qui est affiché sur le socle reprend une expression tirée du Faust de Goethe et qui reste énigmatique : des Pudels Kern. Le magicien Faust, en quête du secret de tout être éprouve les limites de son savoir et de son pouvoir. Le cœur (Kern) des choses lui échappe. Or voici qu’un petit chien (Pudel) vient interrompre sa méditation angoissée ; son interrogation se porte sur cet animal familier et étrange tout à la fois : quel ressort le fait-il agir et vivre ? C’est alors que paraît Méphisto qui lui propose le célèbre pacte. Le drame nous montre que ce serait sa perte, s’il n’était finalement sauvé par l’amour de celle qui devint la victime de son orgueil. La dérision de l’expression renvoie sans doute à la nécessité de rompre avec ses désirs de pouvoir pour accepter que l’amour soit source de vie – permettez-moi de vous proposer cette interprétation.

En ce jour de Pentecôte, nous pouvons nous poser la même question avec sérieux, sans l’angoisse qui vient de la magie car nous savons que ce qui est à l’intime n’est pas un mécanisme, mais l’amour, l’élan de la vie. Cet amour répandu dans nos cœurs comme le dit saint Paul dans le texte lu dans la liturgie.

Oui, le mot « esprit » signifie l’intime de l’être : s’il ne se voit pas de l’extérieur, il se laisse percevoir dans le regard ; il se laisse entendre dans la parole ; il se manifeste dans des actes d’amour, d’attention, de générosité, de tendresse… L’émerveillement des disciples au soir de Pâques comme au jour de la Pentecôte – c’est tout un – est d’avoir perçu que l’intime de Dieu leur était communiqué. Ce n’était pas un don, comme un cadeau – une chose que l’on reçoit – mais une présence, Dieu lui-même se communiquant, se donnant du plus intime de lui-même. Un tel don se reçoit à la mesure de ce qui est donné : par le consentement et l’accueil qui vient du plus profond de soi. Nouvelle création chante la liturgie de ce jour. En cette création s’abolit toute violence, toute ruse, toute manipulation.

Ainsi se révèle un secret, le secret de la vie, de notre vie. Le ressort qui le meut n’est pas l’intérêt le goût de paraître, la recherche du plaisir, mais la vie en communion avec l’intime de Dieu.

Présence où s’accomplit le temps de notre vie.

Ainsi se manifeste le secret de la vie humaine : il n’est pas d’ordre mécanique, ni seulement biologique, c’est la présence de l’Esprit qui se joint à notre esprit pour faire de nous des enfants de Dieu. Il nous tourne vers l’avenir et nous avons choisi de ne pas y aller seul. En cette ville marquée par l’histoire humaine, pour le meilleur et pour le pire, notre rassemblement dans la diversité de nos origines, de nos histoires, de nos engagements et de nos solidarités le dit clairement. Plus encore, nous avons tous le désir que ceci ne soit pas seulement pour quelques uns mais pour tous.

Viens Esprit Saint pour renouveler la face de la Terre !

Pentecost
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