De l'eau... et du vin : Lourdes et Cana !

2ème homélie du Pèlerinage du Rosaire prêchée à Lourdes le jeudi 4 octobre 2012


Dites-moi, frères et sœurs, depuis hier, qu’avez-vous donc fait ? Sans doute, êtes-vous allés, vous aussi, à la Grotte, pour dire une dizaine de chapelet, ou un chapelet entier, ou bien encore tout un rosaire ! Bravo ! Mais à Lourdes, il n’y a pas que la grotte et la prière, vous le savez bien, et si vous venez au Rosaire, ce n’est pas par hasard. Vous venez pour les conférences, la liturgie, que sais-je encore…

Et vous en profitez pour recharger vos batteries spirituelles. Certains d’entre vous, malades, m’ont confié que ce pèlerinage est leur sortie de l’année, un moment qu’ils attendent avec impatience. D’autres m’ont dit qu’ils en profitaient pour vivre de belles célébrations, pour se confesser parce que dans leur village c’est difficile.

Et c’est vrai que Lourdes est une terre où l’on vient chercher la paix. La paix avec soi-même, la paix avec les autres et la paix avec Dieu. On parle tant des guérisons physiques mais lorsqu’en tant que prêtre, à Lourdes, on administre le sacrement de la Réconciliation, croyez-moi que ce sont de belles guérisons spirituelles que l’on voit. Et on en est tout bouleversé. Oui, frères et sœurs, Lourdes est un petit morceau de ciel qui est tombé sur la terre !

Figurez-vous que ce sont des amis commissaires qui m’ont rappelé l’importance de la confession. Je les ai croisés hier, en fin d’après-midi, juste après la procession eucharistique, sur l’esplanade. Ce sont deux bons amis, Joseph et François, qui quittent notre village tous les ans au début du mois d’octobre pour servir au Rosaire. Leurs femmes sont hospitalières et eux, comme le père de Joseph avant lui, sont commissaires. Ils sont en quelque sorte tombés dans le Rosaire quand ils étaient petits.

Et les voilà qui m’interpellent : « Frère, il faut venir avec nous à confesse! C’est une tradition pour nous. Au Rosaire, on va toujours à confesse.» Je les félicite en leur faisant remarquer que la chapelle des confessions est fermée à cette heure-ci. Mais eux, échangent un clin d’œil complice et me disent : « Suivez-nous. On va vous montrer. » A mon grand étonnement, nous sommes sortis des sanctuaires, nous avons fait quelques mètres et sommes entrés… dans un bar ! Nous sommes montés à l’étage et nous sommes installés dans une salle avec d’autres commissaires. Ainsi, c’était donc ça, « aller à confesse ! », l’effort après le réconfort.

Et quelle ne fut pas ma surprise de voir entrer à son tour le frère que j’avais rencontré hier de l’autre côté du Gave ! Nous lui avons proposé de se joindre à nous et au moment de faire les présentations, je me suis rendu compte que je ne lui avais pas demandé son prénom. Il a seulement dit : « Je m’appelle frère Jacek et je suis né en Pologne. » Nous avons commandé un petit Jurançon (doux !), ce vin blanc qui réjouit le cœur du pèlerin… à consommer toujours avec modération !

Les langues se sont déliées. Joseph nous a parlé de son premier Rosaire. Que de souvenirs ! Pour lui, pas question d’aller à un autre pèlerinage ! Et François lui a emboité le pas. Jacek souriait : pour lui, se retrouver là, à Lourdes, autour d’un verre de vin, c’était si français ! Et je me réjouissais de cette franche camaraderie… du Rosaire. Alors j’ai levé mon verre en disant : « Rosaire un jour ! » Et ils ont répondu, en chœur : « Rosaire toujours ! »

Nous n’avons pas pris de deuxième petit Jurançon parce que Jacek m’a dit : « Il faudrait que je te montre quelque chose si tu as un petit moment. » Comme je n’en étais pas à la première surprise du jour, je l’ai suivi et nous sommes entrés à nouveau dans l’enceinte des sanctuaires. Nous sommes allés à la Grotte rapidement. Il n’y avait pas grand monde -vous étiez en train de dîner !- et nous avons pu, sans aucun problème, entrer dans la Grotte. Et nous nous sommes postés juste devant la source, là où Bernadette a gratté le sol pour laisser jaillir l’eau pure.

Jacek a pris la parole : « Avec Joseph et François, nous avons bu un petit Jurançon. Cependant, Lourdes n’est pas connue pour son vin. Elle est connue pour son eau et -en montrant la source- pour cette eau-là.
Comme à Cana, le vin de Lourdes n’est rien sans l’eau de Lourdes. Cette belle fraternité que nous venons de vivre n’est rendue possible que parce qu’il y a plus de 150 ans une belle dame a demandé à une petite Lourdaise d’aller boire à la fontaine et de s’y laver.
Comme à Cana, la joie de Lourdes tient à la présence du Seigneur qui nous laisse des signes, des signes tout simples, comme lui. Et des signes qui nous émerveillent !
Comme à Cana, il y a Marie, la Mère de Jésus, qui nous demande de faire tout ce que nous dira son Fils. Elle ne demande que cette obéissance, cet abandon.
C’est tout simple.
Comme un mariage, comme la fête, comme la vie. La vie qui va comme cette eau courante.

Aux pèlerins du Rosaire, dis-leur, que leur vie doit toujours rester fraîche comme cette eau courante, qu’après l’eau, parfois amère, de cette vie, ce sera le vin des noces éternelles. Et ce vin-là, on pourra le boire sans modération ! »

Amen.

 

L'ensemble des prédications et des conférences est en vente dans la Boutique du Pélé sur le site du Pèlerinage du Rosaire

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