Vaincre la peur

Dans la traduction du lectionnaire, nous lisons l’appel de Jésus : « Ne vous faites pas de souci… ». Le mot souci fait partie du langage commun et il sert dans une expression passe-partout : « pas de souci ! » qui vaut pour un merci ou un encouragement. Le terme est donc bien riche. Il mérite attention en son ambiguïté.

Le souci fait partie de la vie de tous, puisque nous savons qu’elle n’est pas facile surtout en ces temps de crise. Se faire du souci est signe de lucidité. Débat public aujourd’hui : le souci pour ses vieux jours, pour ses ressources, pour sa santé, pour son environnement et sa prise en charge. Souci plus grand pour ceux qui sont au bas de l’échelle et qui sont dans la précarité faute de patrimoine. Les enfants sont plus encore l’objet du souci des parents qui se demandent : « Que sera notre enfant? Qu’en sera-t-il de sa santé, ses études, son métier, sa vie affective, sa situation familiale… ? » Le souci est donc le signe de la responsabilité et il y a de la grandeur dans ce qui vient à l’esprit et dans le cœur. Il serait vain de l’écarter de notre conscience pour tomber dans la naïveté. Jésus n’exclut en rien ce souci. Il ne demande pas de le faire taire. L’expression qui conclut la page d’évangile lue ce jour est bien « Cherchez d’abord… ». Le verbe « chercher » appelle à une attitude active qui vise l’avenir ; le mot « d’abord » invite à mettre de l’ordre.

Jésus demande une chose plus radicale : il demande à ce qu’on se libère de la peur qui paralyse et empêche de vivre. En effet, trop de souci paralyse et empêche de vivre. Les traductions qui emploient les verbes « inquiéter » ou « tourmenter » sont plus pertinentes. Or vivre est un risque, car rien n’est donné d’avance. Vivre est une aventure ; elle est belle quand on sait regarder plus loin que l’immédiat et juger de ce qui est à la lumière de ce qui vient et se tient au-delà des apparences et des satisfactions immédiates. Il faut un grand projet pour vivre humainement. Jésus demande à ses disciples de se libérer de la peur quand elle paralyse. Il ne s’agit pas ici de ce qui a trait à des grandes choses – celles qui font la une – mais à la vie quotidienne dans sa grisaille. La peur du lendemain nous rend silencieux quand il faudrait avoir le courage de dire un mot ; la peur de perdre sa place nous fait accepter des humiliations et de rebuffades ; la peur de prendre parti ouvertement nous rend complices des injustices qui tombent sur les plus faibles. Ainsi de petites démissions en petites démissions, la vie perd son goût ; la vie perd son sens. Jésus nous invite à avoir le courage de nous situer en vérité et cela de manière ouverte. C’est un appel à être vrai pour avancer sur le chemin par lequel advient le Royaume de Dieu.

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu… » tel est l’appel qui nous invite à aller de l’avant et à être libre de tout ce qui paralyse. Pour cela Jésus nous donne part à son Esprit.

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